Physiologie du post-partum Les anomalies de reprise de la cyclicité ovarienne post-partum entraînent des difficultés de détection des chaleurs, une baisse de la fertilité et des augmentations du taux de réforme et des coûts de traitement. ême si, dans la plupart des cas, les femelles laitières ne sont pas mises à la reproduction lors des premières chaleurs détectées après vêlage, cet événement constitue un repère pour mieux détecter les chaleurs suivantes (1) . Chez un certain nombre de vaches, l’éleveur n’observe pas de chaleurs avant la mise à la reproduction. Dans d’autres cas, des premières chaleurs sont détectées précocement, mais elles sont suivies d’anoes- trus apparent. Ces cas ne correspondent pas tous à une mauvaise détection. Les événements physiologiques qui conduisent au rétablissement de la cyclicité après le vêlage et les anomalies de la reprise de cyclicité post- partum chez la vache laitière sont détaillés. Reprise d’activité sexuelle après le vêlage Chez la vache laitière comme chez la vache allaitante, une période d’inactivité ovarienne suit le vêlage. Chez la vache laitière, l’intervalle vêlage- première ovulation est court, compris entre quinze et trente jours, mais sa variabilité est élevée (écart type de quinze à vingt-cinq jours) [13, 14, 24, 26]. Des études récentes montrent que 85 à 90 % des vaches ont ovulé dans les cinquante jours qui suivent le vêlage [4, 15]. Les mécanismes qui conduisent au rétablisse- ment de l’activité sexuelle chez la vache sont relativement bien connus [23, 24, 31]. En fin de gestation, les concentrations en gonadotro- pines sont très basses. Ceci est attribué au feed- back négatif exercé par la progestérone dont les concentrations sont très élevées. Après le vêlage, les concentrations de FSH (hormone follicu- lostimulante) augmentent rapidement, en cinq à dix jours, alors que celles de LH (hormone lutéostimulante) commencent à augmenter dix à vingt jours après le part. Les premiers pulses de LH sont généralement détectés dans cet intervalle chez la vache laitière. La croissance folliculaire reprend elle aussi précocement après vêlage. Un premier follicule de plus de 10 mm de diamètre peut être détecté entre dix et quatorze jours post-partum . Ce premier follicule dominant peut ovuler, devenir atrésique et laisser la place à une nouvelle vague de croissance folliculaire, ou devenir kystique (75 % ovulation, 20 % kyste, 5 % atrésie [28]). Dans le premier cas, la première ovulation est précoce, dans les deux autres elle est différée. L’ovulation du follicule dominant ne survient que si sa production d’oestradiol est suffisante pour entraîner l’apparition du pic pré-ovulatoire de LH (rétablissement du rétrocontrôle positif des oestrogènes après le vêlage). La production d’oestradiol par le follicule dominant est elle- même dépendante de la stimulation par les gonadotropines, notamment par une fréquence des pulses de LH suffisante. Il est ainsi possible de schématiser l’enchaîne- ment des événements nécessaires à la première ovulation de la manière suivante : - rétablissement de la sécrétion de FSH ; - reprise de la croissance des gros follicules ; - augmentation de l’amplitude et de la fréquence des pulses de LH ; - augmentation de la sécrétion d’oestradiol ; - rétablissement du rétrocontrôle positif des oestrogènes ; - pic de LH entraînant l’ovulation. Anomalies de la reprise de cyclicité après le vêlage La réalisation de dosages fréquents de proges- térone (deux ou trois fois par semaine dans le lait) permet de suivre le profil de rétablissement de l’activité sexuelle cyclique après le vêlage. Un cycle est jugé normal quand l’intervalle entre deux ovulations est compris entre 18 et M Résumé Si la reprise d’activité sexuelle après le vêlage est généralement précoce chez la vache laitière, 50 à 70 % seulement des animaux présentent ensuite des profils de reprise d’activité cyclique normaux et réguliers. Les deux anomalies les plus fréquem- ment rencontrées sont les pha- ses lutéales et l’inactivité pro- longées, à l’origine d’une baisse de fertilité et d’une aug- mentation de l’intervalle vêlage-insémination fécon- dante. Les facteurs de risque majeurs des anomalies de reprise de la cyclicité post-par- tum sont la précocité de la pre- mière ovulation, les maladies intercurrentes (de l’appareil génital ou non) et le déficit énergétique. Après un dia- gnostic qui permet de distin- guer une inactivité ovarienne de chaleurs non détectées, des traitements à base de prosta- glandines F2α, progestagènes et GnRH sont possibles. u Les anomalies de reprise de la cyclicité après vêlage REPRISE DU CYCLE POST-PARTUM CHEZ LA VACHE LAITIÈRE par Bénédicte Grimard* et Catherine Disenhaus** * UMR INRA-ENVA Biologie du développement et Reproduction ENV d’Alfort Unité pédagogique de Zootechnie 7, avenue du Général-de-Gaulle 94704 Maisons-Alfort Cedex ** Sciences et Productions animales, Agrocampus-Rennes et UMR INRA-Agrocampus- Rennes Production du lait 65, rue de Saint-Brieuc 35042 Rennes Cedex 2 Le Point Vétérinaire / Reproduction des ruminants : maîtrise des cycles et pathologie / 2005 / PHOTO 1. Le déficit énergétique en début de lactation est un facteur fréquemment associé à l’inactivité sexuelle prolongée après vêlage. Cliché : B. Grimard