Portées et limites du discours légaliste dans le débat sur la guerre du Kosovo Par Olivier Corten et Barbara Delcourt Le droit international a été systématiquement invoqué pour dénoncer l'intervention militaire de l'OTAN au Kosovo. Certains ont voulu y voir un argument formaliste de défense du droit pour le droit. En réalité, le discours légaliste peut recouvrir une conception politique plus nuancée, qui voit dans le droit international non un dogme intangible, mais un moyen de lutte anti- nationaliste, dirigé dans le cas du Kosovo contre toutes les parties au conflit. La référence au droit a été au centre des débats qui ont agité le monde intellectuel au sujet de la guerre du Kosovo, et ce dès avant son déclenchement. Pour la plupart de ses défenseurs, il s'est agi d'une "guerre pour le droit", pour la justice et contre le crime, menée au nom des principes juridiques les plus fondamentaux de la communauté internationale. Le fait que l'accent soit mis sur le droit, et non sur la politique, pose question. Le discours légaliste illustre l'importance de la fonction de légitimation remplie par le droit dans nos sociétés contemporaines, dans lesquelles les difficultés du discours politique ont souvent tendance a être estompées par une rhétorique affective, faite d'indignation, prompte à se servir du droit en général et des droits de l'homme en particulier comme d'un impératif supérieur, excluant l'analyse et la réflexion politiques comme "indignes" ou "indécentes". L'un des paradoxes majeurs de cette argumentation est qu'elle réfute avec violence les objections qui intègrent la prise en compte du droit et de son utilisation par les différents protagonistes du conflit. Ainsi, ceux qui ont dénoncé l'OTAN pour son instrumentalisation du droit international sont, dans le meilleur des cas, taxés de juristes positivistes, dogmatiques et formalistes, insensibles aux souffrances humaines et, indirectement, complices des exactions des nationalistes serbes, voire des génocides nazi puis rwandais ! L'agressivité de cette logorrhée, qui s'accompagne parfois d'accusations voilées de révisionnisme, est assez surprenante. Son caractère excessif la rendrait insignifiante, si elle ne témoignait pas d'une confusion répandue sur la portée et les limites du discours se référant au droit international dans le cadre du conflit. Il importe donc de clarifier quelque peu, et en toute sérénité, les termes de cette partie du débat.