ANIMAUX RÉSERVOIRS DE PATHOGÈNES POUR L’HOMME
REVUE FRANCOPHONE DES LABORATOIRES - MAI 2015 - N°472// 77
article reçu le 11 mars, accepté le 31 mars 2015
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RÉSUMÉ
Les animaux vertébrés (mammifères, oiseaux, reptiles) occupent une place
centrale dans la biologie des bactéries transmises par les tiques, en tant que
réservoirs de bactéries mais aussi en participant au cycle reproductif des
tiques vectrices. Par ailleurs, les animaux domestiques peuvent présenter
des tableaux cliniques proches de ceux décrits chez l’homme et le diagnos-
tic de laboratoire fait globalement appel aux mêmes techniques. Cet article
présente les principales maladies dues à des bactéries vectorisées par les
tiques : la maladie de Lyme due à Borrelia burgdorferi , dont les réservoirs sont
très variés (micromammifères sauvages, oiseaux lézards) et qui affecte clini-
quement plusieurs espèces domestiques ; l’anaplasmose granulocytaire due
à Anaplasma phagocytophilum, dont les conséquences économiques pour
les élevages bovins sont importantes ; les bartonelloses à Bartonella vinsonii
berkhoffii et différentes rickettsioses à Rickettsia conorii (ièvre boutonneuse
méditerranéenne) et R. slovaca (TIBOLA). Les aspects épidémiologiques,
cliniques et diagnostiques sont abordés pour chacune de ces maladies.
Tique – Anaplasma phagocytophilum – Borrelia burgdorferi –
Bartonella vinsonii berkhoffii – Rickettsia conorii – R. slovaca
Henri-Jean Boulouis
a,
*, Anne-Claire Lagrée
a
, Thibaud Dugat
a
, Nadia Haddad
a
Les animaux vertébrés et les maladies dues
à des bactéries vectorisées par les tiques
til l 11 té l 31 2015
a Équipe Vecteurs et agents microbiens pathogènes
ENVA – Anses – INRA – UMR BIPAR
École nationale vétérinaire d’Alfort
7, avenue du Général-de-Gaulle
94704 Maisons-Alfort cedex
* Correspondance
hjboulouis@vet-alfort.fr
SUMMARY
Vertebrate animals and diseases induced by tick-
borne bacteria
Vertebrate animals (mammals, birds, and reptiles)
occupy a prominent place in the biology of bacteria
transmitted by ticks, as reservoirs of bacteria but
also allowing the reproductive cycle of vector ticks. In
addition, domesticated animals express clinical pre-
sentations similar to those described in humans and
laboratory diagnosis use globally the same techniques.
This paper presents the main diseases caused by
tick-borne bacteria: Lyme disease caused by Borrelia
burgdorferi, a bacteria with varied animal reservoirs
(small wild mammals, birds, lizards) and which infects
several domestic animal species; granulocytic ana-
plasmosis due to Anaplasma phagocytophilum whose
economic consequences for cattle are important;
bartonellosis due to Bartonella vinsonii berkhoffii and
rikettsiosis due to Rickettsia conorii (Mediterranean
spotted fever) and R. slovaca (tick borne lymphadeno-
pathy/ TIBOLA). Epidemiological and clinical aspects,
and diagnosis are discussed for each of the diseases.
Tick – Anaplasma phagocytophilum –
Borrelia burgdorferi – Bartonella vinsonii berkhoffii –
Rickettsia conorii – R. slovaca
1. Introduction
Les maladies humaines dues à des bactéries transmises
par les tiques à partir d’un réservoir animal à l’homme sont
en constante augmentation [1]. Deux éléments majeurs
expliquent cette augmentation.
• D’une part, un déséquilibre au sein de la faune sauvage
induit par des activités humaines empiétant sur son terri-
toire (chasse, cultures, exploitation des forêts, urbanisation
à proximité des lieux de vie de la faune sauvage, mais
aussi augmentation des zones forestières en France…).
Ce déséquilibre, au bénéice des mammifères de grande
taille (sanglier, chevreuil, cerf,…), existe aussi pour les
micromammifères, bien qu’il soit plus souvent épisodique
et lié aux perturbations climatiques et à l’augmentation des
ressources alimentaires qui en découlent certaines années.
Grands et petits mammifères sauvages constituent l’un
des principaux réservoirs de bactéries responsables de
zoonoses (même si les mammifères domestiques et les
oiseaux peuvent aussi jouer ce rôle) tout en permettant aux
différentes espèces de tiques vectrices de ces bactéries
d’assurer leur cycle de développement en leur fournissant
l’opportunité de repas sanguins.
• D’autre part, le développement d’une société dévolue
aux loisirs, en particulier aux loisirs de plein air (découverte,
promenade, exploration,…), qui, associé à l’anthropisation
croissante du milieu naturel, expose plus souvent l’homme
aux morsures de tiques.
Les principaux genres de tiques responsables de la vec-
torisation se limitent en France à Ixodes, Rhipicephalus et
Dermacentor pour les tiques dures (Ixodina) et Argas pour
les tiques molles (Argasina). Le genre Ixodes est sans doute
le genre impliqué dans la transmission du plus grand nombre
de bactéries pathogènes pour l’homme et les animaux. Mais
les autres genres participent aussi à cette transmission.
Nous limiterons le texte ci-dessous aux seules maladies
répertoriées en France métropolitaine, en mettant l’accent
sur les infections qui y ont pour mode principal ou exclusif de
transmission, un mode vectoriel. Seront donc exclues, par
exemple, la tularémie et la ièvre Q. En effet, ces deux mala-
dies, dont le réservoir animal est très abondant (rongeurs