SCRIPTA JUDAICA CRACOVIENSIA Vol. 13 (2015) pp. 7–18 doi:10.4467/20843925SJ.15.001.4223 www.ejournals.eu/Scripta-Judaica-Cracoviensia Les Juifs et Le pouvoir poLitique : des Hasmonéens au règne d’Hérode Le grand Christian-Georges Schwentzel (Université de Lorraine, Metz) Key words: Hasmoneans, Herod, political Judaism Abstract: At the time of the Hasmoneans and Herod the Great, the Jews were divided into vari- ous “groups” that deined themselves not only by doctrinal positions but also by political choic- es. These “groups” chose to support or not support the political power. Sometimes they radically changed their position, supporters suddenly becoming opponents, and vice versa. The problem is that the reasons we ind in our sources, like Josephus, are often only pretexts. Introduction Quels Juifs ? Quels pouvoirs ? Ces deux questions paraissent pertinentes pour ap- préhender la relation qu’entretinrent les Juifs avec le pouvoir politique dans la Judée hellénistique et romaine. La société juive paraît fragmentée en divers mouvements dont l’idéologie varie, entre le II e siècle av. J.-C et le I er siècle après J.-C. Flavius Josèphe parle d’airésis (« choix » ; AJ XIII, 288), de morion (« partie » ; AJ XVII, 41), ou encore de « philosophies » (AJ XIII, 171-173). Ces termes désignent un positionnement idéo- logique de la part d’un groupe, sorte d’école « philosophique ». Les mouvements juifs peuvent jouer un rôle politique ou, tout au moins, s’illustrer par des choix politiques, en accordant ou non leur soutien au pouvoir en place. Divers niveaux de pouvoir politique coexistent à l’époque qui nous intéresse : le pou- voir local des souverains juifs ; le pouvoir extérieur, séleucide lors de la révolte des Mac- cabées, romain sous les derniers Hasmonéens, Hérode et les Hérodiens. On peut aussi se demander si tout pouvoir est politique. On peut distinguer le pouvoir sacriiciel du grand prêtre de celui, uniquement temporel, du roi ou de l’ethnarque. Mais les Hasmonéens ont cumulé les fonctions politique et sacerdotale, rendant loue la différence entre les deux formes de pouvoirs. Enin, il existe encore un autre niveau de pouvoir : celui de Dieu ou théokratia, selon le néologisme forgé par Flavius Josèphe (Contre Apion II, 165). La théocratie est le pouvoir électif de Dieu, son inluence directe sur la politique : il est cen- sé intervenir dans les affaires du monde et les détenteurs du pouvoir terrestre prétendent avoir été choisis par lui. Selon Flavius Josèphe, Hérode, par exemple, aurait afirmé qu’il régnait « par la volonté de Dieu » (théou boulései ; AJ XV, 383 et 387). Notre enquête s’appuie sur les deux premiers livres des Maccabées qu’on peut étu- dier sous un angle politique et non uniquement religieux. On assiste, dans ces deux livres (et tout particulièrement dans le premier) à la construction progressive d’un État juif en