189 1. Cambridge University Press, 2014. Catherine Boone Property and Political Order in Africa. Land Rights and the Structure of Politics 1 Dans cet ouvrage très dense, Catherine Boone propose un modèle théorique permettant l’ana- lyse comparative des conflits fonciers en Afrique. Son raisonnement place les systèmes de tenure foncière rurale au centre des ordres politiques dans les États africains, rompant en cela avec une analyse noyant les enjeux fonciers dans l’étude des dynamiques de « patronage », de « mobi- lisation ethnique », de « société civile » ou de warfare. Elle souligne que, partout en Afrique, les États ont façonné des systèmes de propriété et de répartition foncière qui sont devenus centraux dans les relations de pouvoir et ont rendu les pays gouvernables. Cette définition des relations poli- tiques à travers les droits d’accès à la terre a varié dans le temps et dans l’espace, et explique les formes diverses de la conflictualité politique au sein des États africains. Prendre en compte les enjeux fonciers dans toute étude du politique sur le continent permet donc d’affiner notre compréhension des conflits. Aboutissement d’un travail de terrain mené sur plusieurs années par cette professeure ayant quitté l’université du Texas (Austin) pour la London School of Economics en 2014, le livre s’inscrit dans la lignée de ses travaux pré- cédents, et notamment de Political Topographies of the African State (2003). Analysant le régionalisme dans plusieurs États d’Afrique de l’Ouest, cet ouvrage engageait déjà une réflexion sur les enjeux fonciers, qui sont maintenant au cœur de son travail. Avant de se concentrer sur l’analyse politique sous l’angle du foncier, Catherine Boone avait intensément travaillé sur l’histoire écono- mique des États d’Afrique de l’Ouest, et notamment du Sénégal. Ces précédents travaux avaient donné lieu à la publication en 2006 de Merchant Capital and the Roots of State Power in Senegal (1930-1985). Dans une première partie (« Property Rights and the Structure of Politics ») (p. 12-89), Boone présente un modèle d’analyse remarquablement complet, avant d’en montrer la pertinence au fil des chapitres suivants, par une succession d’études de cas. Trente-deux cas dont la sélection transcende les découpages géographiques habituels ont été examinés par l’auteure, mais seuls une douzaine (au Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, Ghana, Kenya, République démocratique du Congo, Rwanda et Zimbabwe) est approfondie et restituée dans le détail, les autres étant renvoyés en annexe. L’ouvrage teste