ENTREPRISES ET HISTOIRE, 2004, N° 37, pages … à … 1 © Éditions ESKA, 2004 NATIONALISATIONS ET DÉNATIONALISATIONS Du milieu du XIX e siècle jusqu’à nos jours, l’Espagne a été un pays récepteur d’investissements directs étrangers (IDE), bien qu’elle ne les ait pas toujours attirés avec une égale intensité et que les avan- tages offerts aux multinationales aient changé avec le temps. Par ailleurs, ce pays a connu une intervention non négligeable de l’État dans son économie avec, ici aussi, bien des différences de nature et de degré d’une époque à l’autre. Il convient alors de s’interronger sur les relations pouvant exis- ter entre ces deux phénomènes. Peut-on mettre en cause les carences structurelles de l’économie espagnole ? Y a-t-il eu des connivences sur le plan politique ? Cet article veut apporter une réponse à ces questions en analysant concrètement la période de l’histoire de l’Espagne durant laquelle le pays fut le plus réticent à l’in- vestissement étranger et où l’Etat fut le plus interventionniste : l’autarcie franquiste (1939-1959). C’est alors que furent nationa- lisées et/ou hispanisées des filiales de mul- tinationales. De plus, cette époque coincida avec l’âge d’or de l’entreprise publique en Europe. Il faudrait donc se demander en quoi le cas espagnol fut différent, jusqu’à quel point la dictature a conditionné les nationalisations des années 1940 et 1950 et jusqu’où le risque politique et économique existant dans le pays fut commun à tous les investissements ou encore si quelques mul- tinationales profitèrent d’un cadre institu- tionnel aux règles peu claires. Comme le démontre ce travail, il existait un haut degré d’arbitraire dans ce régime qui ne trouvait pas sa source dans la souveraineté populai- re et qui devait récompenser ceux qui l’avaient appuyé pendant la Guerre Civile. Malgré le discours officiel et l’isolationnis- me économique, l’Espagne autarcique ne pouvait se passer des entreprises étrangères ENTREPRISES PUBLIQUES ET MULTINATIONALES SOUS L’AUTARCIE FRANQUISTE par Lina GÁLVEZ MUÑOZ et Francisco COMÍN Université Carlos III Université d’Alcalá Chapeau ???