LES JURISTES ET LA NAISSANCE DE L’EMBLÉMATIQUE AU TEMPS DE LA RENAISSANCE Pour de nombreux juristes, force est de le constater : l’emblé- matique 1 n’aurait rien à voir avec le droit. Il faut dire que ce genre dit littéraire, défini, a minima, par l’association d’une image (icon, figura) et d’un texte concis et percutant (epigramma, subscriptio), lequel décrit l’illustration correspondante et en explicite le sens 2 , paraît de prime abord n’avoir que peu de liens avec la matière juridi- que. Née dans les années 1530, ayant fleuri tout au long des e et e siècles avant de disparaître, l’emblématique a produit certains des livres les plus décoratifs des Temps modernes. D’autant plus recherchés qu’ils se sont révélés rapidement assez rares, ces ouvrages ont dès l’origine passionné les collectionneurs, avant de susciter l’engouement croissant des historiens des lettres et de l’art, ce dont attestent au plan international de très nombreuses études 3 , la créa- 1. Le terme aurait été inventé par Francesco Colonna, dans le Songe de Poliphile, datant des environs de 1467 (D. Drysdall, « Alciat et le modèle de l’emblème », Le modèle à la Renaissance, éd. C. Balavoine, J. Lafond, P. Laurens, Paris, Vrin, 1986, p. 169). 2. L’ajout d’un titre (inscriptio, motto), annonçant le thème et préparant le lecteur à la leçon morale, selon le modèle de l’emblema triplex, ne survint qu’après 1540. Voir : M.-F. Tristan, « L’art des devises au e siècle en Italie : une théorie du symbole », Emblèmes et devises au temps de la Renaissance, dir. M. T. Jones-Davies, Paris, J. Touzot, 1981, p. 48 ; D. S. Russel, The Emblem and Device in France, Lexington, French Forum, 1985 ; G. Innocenti, L’immagine significante. Studio sull’emblematica cinquecenta, Padoue, Liviana, 1981 ; également A. Alciat, Les Emblèmes, Lyon, Macé Bonhomme, 1551, rééd. Paris, Klincksieck, 1997, p. 8-12. 3. Entre lesquelles il faut citer Emblèmes et devises au temps de la Renaissance, op. cit. ; G. Innocenti, L’immagine significante, op. cit. ; L’emblème à la Renaissance. Actes de la 1 re journée d’études du 10 mai 1980 de la Société française des seiziémistes, éd. Y. Giraud, Paris, Société d’édition de l’enseignement supérieur, 1982 ; D. S. Russel, The Emblem and Device in France, op. cit. ; I. Bergal, « Word and picture : Erasmus Parabolae in La Perrière’s Morosophie », Bibliothèque d’humanisme et Renaissance (désormais BHR), 48 (1985), p. 113-123 ; A. Saun- ders, « Picta Poesis : the Relationship between Figure and Text in the Sixteenth Century French Emblem Books », BHR, 49 (1986), p. 621-652 ; Id., The Sixteenth-Century French Emblem Book : A Decorative and Useful Genre, Genève, Librairie Droz, 1988 ; Id., « The Sixteenth Century French Emblem : Decoration, Diversion or Didacticism », Renaissance Studies, 3/2 (June