Néphrologie & Thérapeutique 6 (2010) 4-6 * Correspondance. Adresse e-mail : michel.jadoul@uclouvain.be (M. Jadoul). © 2010 Elsevier Masson SAS et Association Société de Néphrologie. Tous droits réservés. KDIGO et DOPPS : quelles perspectives ? M. Jadoul Cliniques universitaires Saint-Luc, Université catholique de Louvain, Bruxelles, Belgique Les modalités pratiques de la prise en charge des néphropa- thies et de l’insuffisance rénale terminale se caractérisent par des différences parfois notables d’un continent ou d’un pays à l’autre. Ces différences peuvent être liées à des facteurs épidémiologiques. Elles peuvent aussi avoir une influence sur le pronostic, en termes de morbidité comme de mortalité. Pour évaluer l’impact des pra- tiques d’hémodialyse sur les résultats et sur la qualité des soins aux patients, plusieurs projets ont été développés pour recueillir des informations prospectives et élaborer des recommandations de bonne pratique. L’étude DOPPS (Dialysis Outcomes and Practice Patterns Study) a été mise en place dès la fin des années 1990. L’organisation KDIGO (Kidney Disease : Improving Global Outcomes) témoigne des efforts de la communauté néphrologique interna- tionale pour aboutir à des recommandations de bonne pratique conformes aux exigences de la « médecine fondée sur les preuves » ou evidence-based medicine (EBM). KDIGO : structure et objectifs 1. KDIGO est une organisation internationale (mondiale en réa- lité) au statut de fondation sans but lucratif, instituée en 2003 par un groupe de néphrologues. Son conseil d’administration et son comité de direction sont essentiellement composés de membres de la communauté néphrologique, néphrologues principalement, ainsi que de quelques représentants de patients et des équipes infirmières néphrologiques [1]. La National Kidney Foundation américaine fournit l’essentiel du support logistique. KDIGO soutient une large gamme de projets qui ont pour objectifs communs d’améliorer les soins aux patients et le pronostic des néphropathies. Pour y parvenir, KDIGO favorise et soutient la coordination, la collaboration et l’intégration d’initiatives visant à élaborer, diffuser et mettre en pratique des recommandations de bonnes pratiques cliniques [2,3]. Celles-ci ont été définies par l’Institute of Medicine des Etats-Unis et par l’American Medical Association comme « des propositions développées méthodiquement pour représenter une aide à la décision pour le praticien et le patient dans leur recherche des soins les plus appropriés dans un contexte clinique donné » [4]. Les recommandations de bonne pratique clinique sont filles de la médecine fondée sur les preuves. Les méthodes appliquées pour leur élaboration s’appuient sur une démarche scientifique et rationnelle, à l’opposé de certaines attitudes telles que la médecine « défensive » (tout faire pour éviter un contentieux judiciaire…), la médecine « d’autorité » (« Mes titres et travaux parlent pour moi »), la médecine « fondée sur la Providence » (« on ne peut rien contre le destin »), voire « fondée sur l’éminence » (attitude consistant à reproduire les mêmes erreurs avec toujours plus d’assurance au fil des ans…). Confrontés à une accumulation exponentielle d’informations et de publications, les praticiens, même experts dans leur domaine de compétence, ne peuvent plus toujours s’en remettre à leurs propres forces pour prendre leurs décisions face à une large gamme de possibilités thérapeutiques. La construction ordonnée de synthèses et la quantification des résultats sont devenues une nécessité incontournable. Elles ne se conçoivent que dans le cadre d’un travail d’équipe soigneusement organisé et hiérarchisé. La revue de la littérature est la première étape du processus d’élaboration des recommandations. Elle doit répondre à un protocole de recherche précis et défini à l’avance. Les données pertinentes en sont extraites et analysées, puis regroupées en tableaux. Pour chacun des critères de jugement cliniques, une cotation objective de la qualité des preuves est établie étude par étude, puis globalement. Ce processus permet de rédiger des recommandations de bonne pratique en précisant leur degré de solidité. Elles sont alors soumises de façon ouverte aux commen- taires et suggestions, avant la diffusion de la version définitive. La mise en application de recommandations de bonne prati- que élaborées de façon rigoureuse peut contribuer autant, sinon davantage, à l’amélioration de la qualité des soins prodigués aux patients, que les innovations thérapeutiques sophistiquées et coûteuses [5].