83 L’Europe sur les réseaux sociaux SANDRINE ROGINSKY Les députés européens sur Facebook et Twitter : une ethnographie des usages L’auteure interroge dans cet article l’utilisation des sites de réseaux sociaux par les députés européens au regard des discours d’accompagnement qui tendent à célébrer leur potentiel communicationnel et politique. L’article ambitionne de montrer l’apport d’une ethnographie des usages pour mieux comprendre la manière dont les acteurs utilisent les sites de réseaux sociaux. Si des éléments de nouveauté incontestables accompagnent les usages politiques des sites de réseaux sociaux, ils ne se situent peut-être pas là où ils sont attendus. L’auteur montre que les usages des sites de réseaux sociaux par les députés européens entraînent des transformations de certaines pratiques professionnelles (l’écoute et l’écriture) qui ne sont pas sans rappeler celles traditionnellement dévolues aux journalistes professionnels. Ce faisant, les usages des sites de réseaux sociaux numériques, tels Facebook et Twitter, stimulent plutôt qu’ils ne découragent la proximité entre les mondes politiques et médiatiques, aux frontières déjà floues. Mots clés : réseaux sociaux, médias sociaux, députés européens, pratiques, usages, écoute, écriture, contexte Les sites de réseaux sociaux sont les derniers venus dans l’arsenal des outils de communication politique. La relative nouveauté de leur utilisation par les person- nalités et les institutions politiques n’est certainement pas sans lien avec l’engouement dont ils sont l’objet. Ce sont pourtant d’abord leurs caractéristiques qui sont mises en avant pour justifier les attentes qu’ils suscitent, notamment en matière démocratique. Il n’est ainsi pas rare de lire que des sites tels que Twitter ou Facebook permettraient aux hommes et femmes politiques de « communiquer directement, continuellement et sans restriction avec le public » et de ne pas être dépendants « des processus de sélection, cadrage et interprétation par les journalistes ou du financement du parti et de ses activités » 1 . Ils favoriseraient également une communication moins formalisée 2 . Bref, ces outils auraient un potentiel démocratique certain. Mais, hélas, ils seraient, toujours selon les mêmes auteurs, insuffisamment exploités ou mal utilisés : Jackson et Lilleker notent ainsi que les acteurs politiques n’adhèrent pas à ce qu’ils appellent un « style Web 2.0 de 1. Todd Graham, Marcel Broersma, Karin Hazelhoff, Guido Van’t Haar, “Between broadcasting political messages and interacting with voters”, Information, Communication & Society, 16(5), 2013, p. 692-716 (p. 709, notre traduction). 2. Darren Lilleker, Karolina Koc-Michalska, “MEPs online: Under- standing communication strategies for remote representatives”, Papier présenté à la conférence : European Consortium of Political Researchers Conference, Reykjavik, Islande, Septembre 2011. communication & langages – n 183 – Mars 2015