CHIRURGIE MÉTABOLIQUE / METABOLIC SURGERY La chirurgie de lobésité et le goût Obesity surgery and taste R. Caiazzo · N. Veyrie · D. Nocca © Springer-Verlag France 2011 La chirurgie de lobésité permet un amaigrissement impor- tant et durable [1]. Son développement et les études, expéri- mentales ou cliniques, qui lui ont été associées ont permis depuis 50 ans de mieux appréhender la physiologie de lobé- sité ainsi que les mécanismes et les conséquences de lamai- grissement [2]. Chaque clinicien a pu constater les bénéfices induits par la restriction, la malabsorption ou les modifica- tions de léquilibre hormonal intestinal après chirurgie baria- trique. Parallèlement, le suivi de nos patients montre aussi une modification des préférences alimentaires allant au-delà dun simple changement du comportement induit par lédu- cation et la prise en charge nutritionnelles. Ces évolutions du rapport aux aliments, en particulier leur support neuro- physiologique, représentent actuellement un champ dinves- tigation en plein essor, notamment depuis la généralisation des IRM fonctionnelles. Il existe chez le patient obèse un penchant vers les ali- ments sucrés et gras avec une satiété spécifique 1 plus diffi- cile à atteindre que chez les patients minces. Stice et al. ont mis en évidence une activation du circuit de la récompense moins importante chez des adolescentes obèses que chez des adolescentes minces après que leur ait été présenté un milk-shake au chocolat [3]. L hyperphagie spécifique aux ali- ments sucrés et gras induite par ce déficit en bénéfice secon- daire trouve ainsi une origine physiologique rationnelle. Rissanen et al. comparèrent les comportements alimentai- res de jumeaux homozygotes dont seulement un était obèse. En labsence de différence psychologique significative (dépression évaluée par le score de Beck et personnalité évaluée par léchelle du Karolinska), les sujets obèses man- geaient plus daliments gras (p = 0,001) et plus daliments sucrés (p = 0,026) [4]. Cette étude, montrant le caractère acquis des préférences alimentaires, donc réversibles, fait de la satiété spécifique une cible thérapeutique particulière- ment pertinente. L impact sur les préférences alimentaires des modifica- tions anatomiques suite à lintervention, quoique pressenti, reste toutefois inconnu. En prenant en charge le suivi après GBP, on observe souvent des patients mangeant moins car ayant moins faim et mangeant autrement car sujet à des dégoûts alimentaires. « Pourquoi, alors que jadorais les yaourts aux fruits, je ne mange plus que des yaourts natures que tous autour de moi trouvent très amers ? ». Halmi et al. décrivaient déjà en 1981 la diminution statistiquement signi- ficative des apports en aliments gras et sucrés après GBP, aliments décrits comme écœurants par les patients [5]. Chaque intervention bariatrique sappuyant sur des méca- nismes différents (restrictif, mal absorptif, hormonal ou mixte), elles ninfluencent pas toutes la perception des saveurs. En comparant GBP (n = 51) et gastroplastie hori- zontale (« ancêtre de lanneau » ; agrafage horizontal, sous le cardia, sans section, ménageant un passage de 9 mm ; n = 53), Kenler et al. ont montré une plus importante diminution des apports sucrés après GBP [6]. Les explications possibles sont nombreuses. Dabord, les biais influençant le choix des aliments et des saveurs notam- ment le dumping syndrome et son conditionnement. Olbers et al. ont comparé, dans une étude randomisée, les modifi- cations anthropométriques et diététiques de patients obèses ayant bénéficié soit dun GBP (n = 37), soit dune gastro- plastie verticale calibrée (n = 46). Ils rapportent des nausées, une fatigue ou des malaises plus fréquents après GBP, R. Caiazzo (*) Service de chirurgie générale et endocrinienne, hôpital C.-Huriez, CHRU de Lille, 1, place de Verdun, F-59037 Lille cedex, France e-mail : robert.caiazzo@gmail.com N. Veyrie (*) Service de chirurgie générale et digestive, hôpital Cochin, université Paris-Descartes, APHP, Paris, France e-mail : nikovri@yahoo.fr D. Nocca Service de chirurgie digestive, hôpital Saint-Eloi, CHRU de Montpellier, Montpellier, France R. Caiazzo · N. Veyrie · D. Nocca European Obesity Academy 1 Diminution du désir de manger un aliment particulier alors que lappétence envers un autre aliment persiste. Obésité (2011) 6:131-132 DOI 10.1007/s11690-011-0259-8