La Presse Médicale - 997
La chirurgie digestive lourde après 80 ans
Étude rétrospective de 54 cas
© 2004, Masson, Paris Presse Med 2004; 33: 997-1003
M. Launay-Savary
1
,
E. Buc
1
, E. Nini
1
,
R. Lhopitaux
2
, K. Slim
1
,
J. Chipponi
1
, D. Pezet
1
C ONTRIBUTIONS ORIGINALES
Summary
Major digestive surgery in octogenarians
A prospective study of 54 cases
Objective The interest in geriatric surgery is on the increase
because of the ageing of the population. Our study reviewed the
results of a non-specialised unit.
Method 54 octogenarians underwent digestive surgery including
visceral resection. Cancer predominated the indications (80%).
Results The patients exhibited cardiovascular (87%), endocrine
(18.5%) or neuropsychiatric (29.6%) disorders with 75% scoring
ASA III or IV. Morbidity was of 81.5% with 20% of specifically
surgical complications and a 40.2% rate of cardiovascular
complications. Post-surgical mortality was of 7.4% and the survival
rate at 2 years was of 44.4%. The treating physicians judged that in
65% of patients the intervention had improved the initial status of
the patient and had stabilised the disease in 35% of cases. The
percentage of patients living at home declined from 83.3% before
the intervention to 64.8% after the intervention. Only 2 out of the
9 patients having undergone stomy of the colon following
colectomy continued to improve.
Conclusion This study underlines the interest of major surgery in
octogenarians, including in units non-specialised in geriatric
surgery.
M. Launay-Savary, E. Buc, E. Nini
Presse Med 2004;33 : 997-1003
© 2004, Masson, Paris
Résumé
Objectif L’intérêt pour la chirurgie gériatrique va croissant au vu du
vieillissement de la population. Notre but a été de faire le point sur
les résultats d’un service non spécialisé.
Méthode 54 patients âgés de plus de 80 ans ont eu une
intervention chirurgicale digestive comportant une résection
viscérale. Les cancers dominaient les indications (80 %).
Résultats Les patients avaient des tares cardio-vasculaires (87 %),
endocriniennes (18,5 %) ou neuropsychiatriques (29,6 %) avec 75 %
d’entre eux cotés ASA III ou IV. La morbidité était de 81,5% avec
20 % de complications spécifiquement chirurgicales et un taux de
40,2 % de complications cardio-vasculaires. La mortalité post-
opératoire était de 7,4 % et le taux de survie à 2 ans de 44,4 %. Les
médecins traitants ont jugé que l’intervention avait amélioré dans
65 % des cas le statut initial du malade et l’avait stabilisé dans 35 %
des cas. Le taux de malades vivant à domicile est passé de 83,3 %
avant l’intervention à 64,8 % après l’intervention. Seuls 2 des 9
malades ayant eu une stomie colique après colectomie ont pu avoir
d’un rétablissement de la continuité.
Conclusion Cette étude est en faveur d’une prise en charge des
sujets de plus de 80 ans par une chirurgie lourde, y compris dans
un service non spécialisé en chirurgie gériatrique.
11 septembre 2004 • tome 33 • n°15
Article
1 - Service de chirurgie
générale et digestive
2 - Service de gériatrie,
CHU, Clermont Ferrand
(63)
Correspondance:
D. Pezet
Service de chirurgie,
Hôtel Dieu,
63058 Clermont Ferrand
Tél.: 0473750494
Fax: 0473930211
dpezet@chu-
clermontferrand.fr
E
n France, la population des plus de 60 ans, qui était
de 12 millions en 1990, devrait passer à 20 millions
en 2025 et le nombre des Français de plus de 85
ans doit théoriquement doubler entre 2003 et 2006
1
. Le
vieillissement induit des modifications physiologiques
qui modifient les capacités de réponse à l’agression que
représente la chirurgie digestive. Ceci est d’autant plus
vrai si l’acte est lourd, tel que lorsqu’il comporte une
résection viscérale pour cancer ou pour complication
vasculaire ou infectieuse. Cette modification de la popu-
lation nécessitant des actes de chirurgie digestive lourde
doit faire naître une réflexion sur nos résultats et les
moyens de les améliorer. Cette réflexion ne doit pas se
limiter à l’analyse des chiffres de mortalité et de morbi-
dité, mais s’intéresser aux résultats à long terme. Le but
de notre étude était d’analyser les résultats d’un service
non spécialisé en chirurgie gériatrique pour servir de
référence et définir d’éventuels axes de recherche.
Méthodes
Du 01/01/98 au 01/01/2001, 174 malades de plus de 80
ans ont été opérés dans le service. Parmi ces 174
malades, 54 ont eu une chirurgie considérée comme
lourde, à savoir un acte chirurgical comportant soit une
résection viscérale pour cancer,soit une résection viscé-
rale pour complication vasculaire ou infectieuse (en
dehors de l‘appendicite aiguë) et ont été gardés pour