__________________________________________________________________________________________________ __________________________________________________________________________________________________ L’évolution du niveau d’études par génération en France et en Europe Louis Chauvel, Chercheur associé OFCE et OSC (CNRS-FNSP), Maître de conférences des Universités à l’IEP de Paris Avec l’allongement des études, le niveau scolaire de la population française s’accroît continuellement en France. Pourtant, cette expansion concerne différemment les générations successives : certaines, scolarisées lors des cycles de croissance de l’institution scolaire (lors des années soixante et depuis la fin des années quatre-vingt), bénéficient d’une croissance rapide de leur niveau, alors que d’autres connaissent un palier de croissance. En réalité, cette croissance scolaire est générale dans toute l’Europe, mais à des niveaux et des rythmes contrastés. Il reste que la nouvelle expansion scolaire en France permet de rattraper un niveau scolaire déjà établi depuis dix ans au Danemark et aux Pays-Bas. L’expansion continue du niveau d’études en France En un siècle, le niveau d’études de la population a connu une expansion considérable, l’âge de fin d’études étant passé de 11 ans et demi à 19 ans et demi. Cet allongement de la scolarité, comme l’élévation des niveaux de diplômes qu’elle induit, est une tendance presque inéluctable qui parcourt l’ensemble du XX e siècle. L’extension de la formation scolaire est en effet, en France tout comme dans de nombreux pays, au nombre des rares politiques publiques d’investissement rencontrant un large consensus. Les efforts consentis par les individus et la collectivité résultent des bienfaits et des externalités positives que l’élévation des niveaux de diplômes laisse augurer. Accroître le niveau d’études serait la solution pour apporter au secteur productif une main d’œuvre mieux qualifiée, pour diminuer l’inadaptation à l’emploi, pour faire reculer le chômage, pour améliorer la mobilité sociale ascendante de la population, pour assurer une meilleure préparation intellectuelle à la complexité de la vie, pour promouvoir, plus généralement, le sens de la citoyenneté, de la participation, de la tolérance et de la réflexion autonome. En France, l’expansion du niveau scolaire est ainsi une tendance de long terme repérée depuis longtemps (Fourastié, 1947). Pourtant, comme l’ont souligné Baudelot et Establet (1989), tout comme Marchand et Thélot (1997), les années cinquante ont été marquées par une nette accélération du rythme (figure 1). La croissance de l’âge moyen de fin d’études est ainsi d’un an tous les 25 ans jusque dans les années cinquante, et elle s’accélère ensuite vigoureusement, au rythme d’un an tous les dix ans, de façon très régulière.