Revue du rhumatisme 78 (2011) 324–328
Mise au point
Mortalité dans la spondylarthrite
Clément Prati
a
, Pascal Claudepierre
b
, Thao Pham
c
, Daniel Wendling
a,∗
a
Service de rhumatologie, CHU, université de Franche-Comté, 3, boulevard Flemming, 25000 Besanc ¸ on, France
b
Service de rhumatologie, CHU H.-Mondor, 94000 Créteil, France
c
Service de rhumatologie, CHU Conception, 13385 Marseille, France
info article
Historique de l’article :
Accepté le 27 d ´ ecembre 2010
Disponible sur Internet le 10 mars 2011
Mots clés :
Spondylarthrite ankylosante
Mortalité
Cancer
Cardiovasculaire
résumé
La spondylarthrite ankylosante est un rhumatisme inflammatoire chronique, pouvant entraîner des dou-
leurs chroniques axiales et périphériques et une perte de la fonction physique après plusieurs années
d’évolution. Il a été montré dans plusieurs études une augmentation de la mortalité. Cette revue qui a
intégré des études récentes dont les populations de spondylarthrites n’ont pas rec ¸ u de radiothérapie
et bénéficient de traitements adaptés et mieux surveillés, remet en cause la surmortalité des patients
atteints de spondylarthrite ankylosante, en attendant les résultats de suivi à long terme des registres
de patients sous biothérapies. Les patients atteints de cette affection meurent le plus fréquemment de
pathologie cardiovasculaire comme la population générale. Cependant dans la spondylarthrite ankylo-
sante les décès liés aux pathologies cardiovasculaires paraissent légèrement augmentés, probablement
liés à des désordres lipidiques et la présence d’une dysfonction endothéliale précoce. De même et de
manière attendue, il existe un excès de décès liés à la pathologie rachidienne elle-même, aux patholo-
gies rénales et gastro-intestinales. De manière plus surprenante, il est reconnu un excès des décès liés
à l’alcool ou la violence. Quel que soit le traitement utilisé, hormis la radiothérapie et le traitement par
radium 224, les patients atteints de spondylarthrite ne développeraient pas plus de lymphomes et autres
cancers que la population générale. Cette revue fait la synthèse des taux et des causes de mortalité dans
la spondylarthrite ankylosante.
© 2011 Société Française de Rhumatologie. Publié par Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
1. Introduction
La spondylarthrite ankylosante (SA) est un rhumatisme inflam-
matoire chronique, pouvant entraîner des douleurs chroniques
axiales et périphériques et une perte de la fonction physique
après plusieurs années d’évolution. Les manifestations muscu-
losquelettiques comprennent des atteintes inflammatoires et
structurales telles que les syndesmophytes, les érosions, les
fractures vertébrales et l’ankylose vertébrale, l’atteinte des arti-
culations sacro-iliaques et des enthèses, parfois des articulations
périphériques. Il est possible d’observer des atteintes extra-
articulaires telles que des aortites, des anomalies de conduction
cardiaque, des fibroses pulmonaires, de l’amylose secondaire,
des atteintes digestives inflammatoires, ophtalmiques et cutanées
comme le psoriasis ce qui fait de la SA une maladie systémique. Les
différentes études et revues [1,2] sont en faveur d’une surmortalité
liée à la SA, comme cela a été démontré dans la polyarthrite rhu-
matoïde (PR) bien que les populations ne soient pas comparables.
Ne pas utiliser, pour citation, la référence franc ¸ aise de cet article, mais la réfé-
rence anglaise de Joint Bone Spine (doi:10.1016/j.jbspin.2011.02.012).
∗
Auteur correspondant.
Adresse e-mail : dwendling@chu-besancon.fr (D. Wendling).
Tout comme dans la PR, la cause cardiovasculaire est incriminée
dans cette surmortalité rapportée. Cette revue reprend les résul-
tats des études sur les taux de mortalité dans la SA ainsi que celles
sur les causes de décès. Il est encore trop tôt pour comparer les
Standard Mortality Ratios (SMR) des patients SA sous anti-TNF.
2. Existe-t-il réellement une surmortalité dans la
spondylarthrite ?
L’existence d’une surmortalité dans la spondylarthrite s’évalue
en utilisant principalement deux outils : d’une part le SMR, rapport
des taux de mortalité observés sur les taux de mortalité attendus
dans la population générale de même âge et sexe, d’autre part les
courbes de survie. Bien entendu, ces résultats diffèrent selon les
dates d’analyse, le lieu des études et les traitements utilisés aux dif-
férentes époques. Si l’on observe les données anciennes des patients
atteints de SA ayant rec ¸ u de la radiothérapie ou du radium 224 i.v.
à visée antalgique, il est clair qu’il existait une surmortalité, liée
à un risque accru de néoplasie maligne (SMR 1,45) [3]. Lorsque
l’on observe les cohortes de patients n’ayant pas rec ¸ u de radio-
thérapie, et donc les populations de patients se rapprochant des
patients que l’on croise actuellement dans notre pratique quoti-
dienne, elles décrivent des résultats qui évoluent au cours du temps
(Fig. 1) [4–10]. En effet les SMR varient de 1,6 à 0,2 en fonction de
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doi:10.1016/j.rhum.2010.12.004