Les villes intermédiaires en Tunisie. Quelques éléments de problématique Cahiers du GREMAMO, n° 19, 2007, pp : 55-86 1 Les villes intermédiaires en Tunisie Quelques éléments de problématique Amor BELHEDI Faculté des Sciences Humaines & Sociales Université de Tunis Texte paru dans Les Cahiers du GREMAO, 2007, n° 19, pp : 55-86 in « Villes intermédiaires dans le monde arabe », 224p. Labo ; Sedet-CNRS, Univ Paris VII-Denis Diderot. L’Harmattan. Parler de villes intermédiaires pose au moins deux problèmes qu’il convient d’élucider au préalable : le premier concerne la notion d’intermédiarité tandis que le second est relatif à la délimitation de ces villes intermédiaires. Il va sans dire que quelque soit la définition et le contenu qu’on leur donne, les villes intermédiaires jouent un rôle central dans la structuration du système urbain et sa dynamique, dans la socialisation de fait urbain et l’apprentissage de l’urbanité et dans l’encadrement territorial de l’espace national. Le rôle de ces villes sera examiné seulement à partir de quelques angles d’attaque qui ne prétendent guère l’exhaustivité. Avant d’aborder l’étude des villes intermédiaires, on s’attardera un peu sur la notion d’intermédiarité en général et la définition des villes intermédiaires en Tunisie. 1 – L’intermédiarité comme posture, un cadrage théorique Parler des villes intermédiaires nous impose de se référer à des repères conceptuels qui fixent la notion d’ «intermédiarité » et ses implications. On s’attardera un peu sur cette notion en général pour pouvoir l’appliquer aux villes par la suite. L’espace intermédiaire est un espace qui, par sa position se situe au milieu, entre deux pôles qu’il convient de fixer avant d’en étudier le contenu et la nature. L'intermédiarité se définit d’abord comme une inter-position, un espace entre deux, entre deux pôles référentiels différents (connus ou à définir), opposés, voire antinomiques qui en constituent en même temps, les limites et fixent l’intermédiaire. Cette position particulière fait que l'espace intermédiaire se trouve régi par des mécanismes différents, complexes et nouveaux ce qui nécessite la distanciation (A Belhedi 1998). C’est un champ ouvert, à limites floues et mobiles des deux côtés dont la délimitation passe par celle des espaces-références. Il constitue un espace transitionnel assurant le passage graduel, la médiation et l'intermédiation tant spatiale que sociale et politique, un espace relais de régulation. C’est un espace médian situé au milieu à travers lequel chacun des espaces-références se transforme en son antipode et se met en rapport avec lui faisant figure d’un un espace transformationnel, un lieu de métamorphose. C’est à ce titre qu’il convient de fixer les limites de la ville intermédiaire, en terme démographique, fonctionnel et perceptif. L’espace intermédiaire constitue l'interface entre champs, structures et systèmes. Cet espace-interface assure à la fois la jonction, la limite et la communication mais exprime en même temps la rupture qui correspond à l'extinction ou à l’affaiblissement d'une dynamique ou d'un processus et l’apparition d’autres. C’est un espace à la fois proche et lointain,