RHLF, 2013, n° 2, p. 409-422
27 mars 2013 02:43 - Revue d’histoire littéraire en France - Collectif - Revue d’histoire littéraire - 155 x 240 - page 409 / 256
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LA BIBLIOTHÈQUE CHRÉTIENNE
DE PASCAL QUIGNARD
MATHIEU MESSAGER
*
Des Petits traités à Dernier royaume, l’œuvre de Pascal Quignard nous
invite à une traversée singulière de la bibliothèque universelle. Faite d’un
brassage de livres hétérogènes, elle progresse par assimilation et dissémina-
tion des savoirs constitués. Dans ce vaste champ intertextuel, la tentation est
grande de hiérarchiser les influences, fussent-elles innombrables et soumises
au principe de l’extrême variabilité. C’est ainsi que plusieurs études ont pu
mettre en avant la vaste érudition gréco-latine de l’auteur et contribué à faire
du monde antique l’une de ses inspirations primordiales
1
. Traducteur de
Lycophron, biographe d’Albucius ou de Latron, promoteur des écrits oubliés
de Sénèque le Père quand il n’est pas commentateur des mœurs sexuelles
romaines ou poète en langue latine
2
, Pascal Quignard véhicule indénia-
blement l’image d’un « latin parmi les modernes
3
». Cependant, à côté de ce
grand réseau référentiel, il en existe un autre, plus souterrain mais non moins
systématique, qui nourrit en profondeur l’imaginaire de l’écrivain et dont
* ED 120, Université Paris III-Sorbonne nouvelle.
1. Cf. notamment : Sandrine Drubel, Sophie Gotteland & Estelle Oudot (dir.), Éclats de litté-
rature grecque d’Homère à Pascal Quignard : mélanges offerts à Suzanne Saïd, Presses universi-
taires de Paris Ouest, 2012 ; Bénédicte Gorrillot, « Le latin de Pascal Quignard » in Philippe
Bonnefis & Dolorès Lyotard (dir.), Pascal Quignard, figures d’un lettré, Paris, Galilée, 2005,
pp. 199-218, et « Le français, le latin et les autres chez Pascal Quignard », Lendemains, 2009,
n
o
136 ; Yves Hersant, « Le latin sur le bout de la langue », Critique, 2007, n
o
721-722 ; Ian de
Toffoli, La réception du latin et de la culture antique dans l’œuvre de Claude Simon, Pascal
Quignard et Jean Sorrente, 2011, thèse de doctorat, Paris IV
2. Cf. dans l’ordre : Pascal Quignard, Lycophron et Zétès, Paris, Gallimard « Poésies », 2010 ;
Albucius, Paris, P.O.L, 1990 ; La Raison, Paris, Le Promeneur, 1990 ; préface de Sénèque le Père,
Sentences, divisions et couleurs des orateurs et des rhéteurs, Paris, Aubier, 1992 ; Le Sexe et l’ef-
froi, Paris, Gallimard, 1994 ; INTER. Inter aerias fagos [1979], Paris, Argol, 2011.
3. Bénédicte Gorrillot, « L’auteur Pascal Quignard », Littérature, 2009, n
o
155, pp. 68-81.