Sebastian Dieguez et Julien Bogousslavsky L' aphasie de Baudelaire Plains-moi ! ... Sinon, je te maudis ! (Epigraphe pour un livre condamne, Les Flam d/l Mal, ajout de la troisieme tdidon. 1868) Mon cerveau est un palimpseste et Ie vatre aussi, lecteur. (Les Paradis Artificiels. chap. VIII) Charles Baudelaire, poete maudit. Le stereotype est tenace, et renvoie a la fois aux miseres d'une existence dissolue et a l'incomprehension de ses contem- porains. Son AlbatroJ incarnait la place equivoque du genie poetique condamne aux souillures terrestres : Le Poete est semblable au prince des nuees Qui hante la tempete et se rit de I'archer; Exile sur Ie sol au milieu des huees, Ses ailes de geant l'empechent de marcher. Outre ses « ailes de geant », Baudelaire fut surtout confronte a une sante de- ficiente, jusqu'a l'aneantissement que pem represenrer l'aphasie, pour un homme qui VeCU( par c[ pour les lenTes. n fur en. effet frappe par un accidenr vasculaire ce[ebral a I'age de 45 ans, Ie laissant hemiplegique et sans parole., auqud il surve- cut pendant 18 mois. Les elements de ce triste episode peuvent etre abordes a travers la correspon- dance, les recits de proches et des contemporains, ainsi que les donnees fournies par I'aphasiologie, discipline dont la naissance er l es premiers deveioppernems cO'incident avec la chute du poete. L' epilogue douloureux de eet ameur considere comme subversif n'a pas manque de soulever des questions sur les liens entre maladie et creativite, la vie et l'reuvre, I' aphasie et l'intelligence. et la responsabi- lite de I'artiste. La symptomatologie de Baudelaire, apres son attaque, permet egalement d'introduire des aspects encore meconnus de l'aphasie motrice, no-