1 L’éthique théologique, le temps, la réalité et l’art de vivre Stefano Biancu paru dans : REVUE D’ÉTHIQUE ET DE THÉOLOGIE MORALE|N° 291|JUIN 2016|P. 71-80 Résumé : Cet article se propose de présenter trois idées potentiellement fécondes et productives dans la perspective de la question de l’identité de l’éthique théologique et de son service non seulement à l’église/aux églises et à la société, mais aussi aux femmes et aux hommes de ce temps, qu’ils soient croyants ou non croyants, qu’ils soient chrétiens ou qu’ils ne le soient pas. Il s’agit de trois idées qui permettraient de dépasser certaines idiosyncrasies devenues désormais traditionnelles : un rapport problématique avec le temps ; une difficulté persistante dans la recherche d’un équilibre entre la réalité et nos efforts de la saisir ; une sorte de perte – mais aussi une certaine redécouverte – dans nos sociétés postmodernes, de ce que l’on pourrait qualifier de lois premières de l’art de vivre. Dans les pages qui suivent je me propose de présenter trois idées qui me semblent fécondes et productives dans la perspective de la question de l’identité de l’éthique théologique aujourd’hui et de son service non seulement à l’église/aux églises (ad intra) et à la société (ad extra), mais aussi aux femmes et aux hommes de ce temps, qu’ils soient croyants ou non croyants, qu’ils soient chrétiens ou qu’ils ne le soient pas (ad omnes). Je fais référence, en d’autres termes, au service que l’éthique théologique pourrait rendre à l’éthique en général, cette dernière étant comprise au sens large : comme l’effort intellectuel qui est commun à tous les êtres humains – implicitement ou explicitement – pour trouver les moyens pour vivre bien et selon justice. J’emprunte ces trois idées à l’Evangelii Gaudium (EG), l’exhortation apostolique du pape François, publiée le 24 novembre 2013 : un document qui non seulement a « une signification programmatique » pour ce pontificat (EG n. 25), mais qui, à mon sens, ouvre des pistes qui permettraient de dépasser certaines idiosyncrasies qui risquent de bloquer nos avancements vis à vis de la question du statut de l’éthique théologique et de son identité. Je fais ici référence en particuliers à trois de ces idiosyncrasies : un rapport traditionnellement problématique avec le temps (§ 1), une difficulté persistante dans la recherche d’un équilibre entre la réalité et nos efforts de la saisir (§ 2), une sorte de perte – mais aussi une certaine redécouverte – dans nos sociétés postmodernes, de ce que l’on pourrait qualifier de lois premières de l’art de vivre (§ 3).