M. Bergmann B. Guignard C. Ribi INTRODUCTION Les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) sont largement utilisés dans la pratique médicale. Ils sont indiqués dans le reflux gastro-œsophagien symptomatique, l’œsophagite pep- tique de reflux, les ulcères gastriques et duodénaux, les ul- cères peptiques secondaires à la prise d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), l’éradication d’Helicobacter pylori en association avec des antibiotiques, le syndrome de Zollinger-Ellison et la dyspepsie fonctionnelle acido- dépendante. Les IPP sont des benzimidazoles substitués partageant une structure com- mune (tableau 1). Les IPP actuellement disponibles sur le marché suisse sont l’oméprazole, le pantoprazole, le lansoprazole et le rabéprazole, qui sont des ra- cémates, ainsi que l’ésoméprazole, l’énantiomère S de l’oméprazole. Le dexlanso- prazole, l’énantiomère dextrogyre du lansoprazole, n’est pas encore disponible en Europe, mais est déjà commercialisé aux Etats-Unis. Les IPP agissent en inhibant la pompe à protons, située sur la membrane des cellules pariétales canaliculaires et interfèrent ainsi avec l’étape finale du processus de sécrétion gastrique. Ils sont métabolisés de manière extensive au niveau hépatique, principalement par l’isoenzyme 2C19 du cytochrome P450, faisant l’objet d’un polymorphisme géné- tique, avec pour conséquence une élimination plus lente des IPP chez certains patients ; les métabolites sont éliminés par voies rénale et biliaire. Les IPP ont montré leur supériorité par rapport aux antagonistes des récepteurs histaminiques H 2 (par exemple : ranitidine). 1 Ils sont considérés comme habituel- lement bien tolérés. Leurs effets indésirables à court terme sont principalement d’ordres digestif (nausées, vomissements, douleurs abdominales, ballonnements, diarrhées, constipation) et neurologique (céphalées, vertiges). Selon des études de population récentes, les IPP utilisés au long cours pourraient augmenter le nombre de fractures ostéoporotiques, de pneumonies communautaires et d’in- fections à Clostridium difficile. 2-4 Les IPP peuvent également être responsables d’interactions médicamenteuses d’ordre pharmacocinétique, dont certaines sont bien documentées et d’autres encore sujettes à controverses, comme c’est le cas actuellement avec le clopidogrel. 5 Hypersensitivity to proton pump inhibitors Hypersensitivity to proton pump inhibitors (PPI) is rare but potentially severe. An in- crease in hypersensitivity reactions to PPI is expected as these drugs are widely prescri- bed and some have become available over- the-counter. Allergy to PPI has to be consi- dered in patients presenting anaphylaxis, late-type skin rashes, interstitial nephritis and other organ involvement suspicious to be drug-induced. Cross-reactivity between PPI is of concern, as they are closely related in structure. Skin prick- and intradermal testing are reliable tools to confirm immediate-type allergy to one PPI compound and search for safe alternatives. We review the literature on immediate and delayed hypersensitivity to these drugs. Rev Med Suisse 2012 ; 8 : 830-5 L’hypersensibilité aux inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) est rare mais potentiellement sévère. Les IPP sont de plus en plus prescrits et certains peuvent aujourd’hui être obtenus sans ordonnance médicale. On peut s’attendre à une augmentation de la fréquence des réactions d’hypersensibilité. Les IPP doi- vent être pris en considération comme causes d’anaphylaxie, de toxidermie ou de néphrite interstitielle aiguë. Les diffé- rents IPP ont des similitudes moléculaires qui peuvent expli- quer la réactivité croisée allergénique fréquemment obser- vée. Dans les réactions immédiates, les tests cutanés servent à confirmer l’imputabilité d’un IPP et à rechercher une alter- native thérapeutique au sein du même groupe. Nous revoyons la littérature sur les hypersensibilités immédiates et retardées à ce groupe de médicaments. Hypersensibilité aux inhibiteurs de la pompe à protons synthèse 830 Revue Médicale Suisse – www.revmed.ch – 18 avril 2012 Drs Marcel Bergmann et Camillo Ribi Service d’allergologie et immunologie clinique Dr Bertrand Guignard Pharmacie HUG, 1211 Genève 14 marcel.bergmann@hcuge.ch Revue Médicale Suisse – www.revmed.ch – 18 avril 2012 0