132 Pharmactuel Vol. 45 N° 2 Avril - Mai - Juin 2012 Jean-Christophe Devaud, pharmacien d’hôpital, responsable de fabrication par lots et doctorant, pharmacie du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), Suisse Thérèse Sigrist, pharmacienne d’hôpital en assistance pharmaceutique, pharmacie des Hôpitaux universitaires genevois, Suisse Claudia Zaugg, pharmacienne d’hôpital et clinique, pharmacie de l’Hôpital cantonal d’Aarau, Suisse Bertrand Guignard, pharmacien d’hôpital en assistance pharmaceutique, Ph.D., pharmacie des Hôpitaux universitaires genevois, Suisse André Pannatier, pharmacien chef de service, Ph.D., pharmacie du Centre hospitalier universitaire vaudois, Suisse Pascal Bonnabry, pharmacien chef de service, Ph.D., pharmacie des Hôpitaux universitaires genevois, Suisse Résumé Objectifs : Revoir la documentation scientifique et proposer une marche à suivre lors d’extravasation d’agents non cytotoxiques. Problématique : La documentation scientifique concernant l’extravasation d’agents non cyto- toxiques est limitée. Un groupe de travail multidisci- plinaire au sein des Hôpitaux universitaires genevois a été créé afin de déterminer les différents facteurs de risques d’extravasation et d’élaborer une dé- marche de prise en charge lors d’extravasation d’agents non cytotoxiques. Discussion : Afin d’éviter de lourdes consé- quences pour le patient, le pharmacien se doit de connaître la marche à suivre ainsi que les mesures spécifiques à appliquer lors d’extravasation de cer- taines substances. La gestion et le suivi des extrava- sations passent par une bonne connaissance des mécanismes des dommages tissulaires provoqués par une molécule ainsi que des différents facteurs de risques associés. La nature de la molécule injectée (irritante ou vésicante), l’administration (la voie, le volume, la durée et le site), le type de patient ainsi que le personnel soignant sont tous des éléments pouvant influencer la probabilité d’avoir une extra- vasation symptomatique. Conclusion : Cette procédure a permis de stan- dardiser la prise en charge des patients lors d’extra- vasation avec des agents non cytotoxiques. Les pro- fessionnels de la santé dans ce milieu hospitalier ont accès à ces informations sur le site internet de l’éta- blissement. Mots-clés : Extravasation, médicaments non cy- totoxiques, gestion Introduction et mise en perspective L’extravasation représente une injection inappropriée ou non intentionnelle de médicaments dans les espaces périvasculaires ou sous-cutanés plutôt que dans le com- partiment vasculaire cible 1-3 . La fréquence des extravasa- tions varie dans la littérature médicale, mais il est admis qu’elles surviennent dans 10 à 30 % des cas. La plupart des extravasations survenant avec des produits non cy- totoxiques entraînent généralement peu de séquelles aux tissus. On a rapporté néanmoins des dommages graves, nécessitant un débridement chirurgical avec greffe tissulaire ou une amputation de membre 2,4 . Afin de faire le point sur cette problématique, un groupe de travail multidisciplinaire réunissant des der- matologues, des angiologues, des pharmaciens et des infirmiers a été créé. Les différents facteurs pouvant aug- menter les risques d’une extravasation ont été détermi- nés en vue de l’élaboration d’une marche à suivre prag- matique de prise en charge lors d’extravasation. Le type et l’étendue des dommages aux tissus dé- pendent des propriétés de la molécule active, des exci- pients ainsi que de la quantité extravasée. Ceci est défini par la concentration de la solution et la quantité de médi- cament extravasée. Ces substances peuvent être clas- sées en trois catégories distinctes : non irritantes, irri- tantes ou vésicantes. Une substance non irritante est un composé qui ne provoque pas d’inflammation ni de dom- mages au site d’administration. À l’inverse, une subs- tance irritante peut produire une douleur au site d’injec- tion, une sensation de brûlure ou des signes locaux d’inflammation, voire des phlébites, sans pour autant donner lieu à des nécroses. Un agent vésicant peut en- traîner une irritation intravasculaire, une ulcération et une nécrose. Le résultat final de l’extravasation d’une substance vé- sicante peut être une dystrophie ou une atrophie, la for- mation d’une cicatrice, des dommages aux nerfs, aux RISQUES, QUALITÉ, SÉCURITÉ Proposition d’une marche à suivre pour la gestion et la prévention d’extravasation d’agents non cytotoxiques Jean-Christophe Devaud, Thérèse Sigrist, Claudia Zaugg, Bertrand Guignard, André Pannatier, Pascal Bonnabry