M.H ÉTUDE -- N° 2183 55EANNÉE. 5 NOVEMBRE 1997 D. Quinodoz, P. Dulguerov, G. Cosenday, A. Arechalde et P. Pi/etta Cette étude a pour but d'évaluer l'efficacité de la toxine botulinique dans le traitement du syndrome de Frey et de développer des méthodes de mesure quantitatives précises. Six patients présentant un syndrome de Frey ont été inclus dans l'étude. Au cours d'une stimulation gustative avec un citron, nous avons mesuré localement, en utilisant des méthodes de mesure quantitatives: la température cutanée, l'érythème, la quantité de sueur et la surface cutanée atteinte par le syndrome de Frey. Ces mesures ont été répétées deux semaines après avoir infiltré la région avec de la toxine botulinique. Les résultats montrent une diminution statistiquement significative de la quantité de sueur produite et de la surface cutanée atteinte après le traitement. Ils confirment, à travers l'utilisation de méthodes de mesures quantitatives précises, l'efficacité de la toxine botulinique dans le traitement du syndrome de Frey. Mots-clés: syndrome de Frey . traite- ment. toxine botulinique . porotidecfo- mie. complications. sudotion fR~Y SYNDROME TREATMENT WITH BOTULINUM TOXIN New quantitative measurements were develaped ta evaluate the amaunt and surface af facialsweating in patients with Frey syndrome. Available techniques for measuring skin temperature and color were also used. ln six patients, sweating was indured by sucking a lemon slire, ond these meosurements were done bilateral/y. A new technique for Frey syndrome treatment with local infiltration with botulinum taxin was applied and the measurements repeated after Iwo weeks. Focialsweating was olmost . abolished after botulinum taxin infiltration and al/ patients became asymptomatic lvIédet Hyg 1997; 55: 2070.3 2070 TRAITEMENT DU SYNDROME DE FREY PAR LA TOXINE BOTULINIQUE Introduction L e syndrome de Frey a été décrit pour la première fois par Lucie Frey en 1923 (1). IJ survient classiquement quelques mois après une parotidectomie et s'exprime, lorsque le patient s' alimente, par une sudation . et une rougeur sur l'hémiface du côté opéré. L'explication physiopathologique communément acceptée est appelée la théorie de la réinnerva- tion aberrante: au cours d'une parotidecto- mie, les fibres parasympathiques cholinergiques qui innervent cette glande sont sectionnées. Dans un deuxième temps, ces fibres vont aller innerver Jes glandes sudoripares de la peau qui sont, en temps normal, innervées par des fibres sympathiques cholinergiques (2, 3). Dès lors, lorsque le patient s'alimente, la stimulation de ces fibres va provoquer une sudation dans la ré- gion atteinte. Pour les sujets très symptomatiques, de mul- tiples traitements ont été proposés, dont les ré- sultats ou les méthodes sont peu satisfaisants. L'application cutanée de substances anticholi- nergiques comme la scopolamine ou la pilocar- pine a été peu concluante et accompagnée d'ef- fets secondaires tels que sécheresse buccale et troubles de la mastication (4, 5). La neurectomie tympanique est une technique qui visait à détrui- re les efférences parasympathiques en détrui- sant le plexus tympanique dans l'oreille moyen- ne (6, 7). Cette technique intéressante a été abandonnée à la suite de récidives à moyen terme. La reprise chirurgicale avec mise en place d'une interposition est une technique ef- ficace mais qui nécessite une nouvelle opéra- tion (8). Récemment, deux études ont décrit un nouveau' mode de traitement du syndrome de Frey par infiltration locale de toxine botuli- nique. Ce traitement a été appliqué chez 4 pa- tients avec des résultats très prometteurs (9, 10). Le but de ce tnivail est d'évaluer l'efficaci- té de la toxine botulinique dans le traitement du syndrome de Frey et de développer des mé- thodes fiables permettant de quantifier [' im- portance des symptômes. Matériel et méthode S ix patients ont été inclus dans cette étude. Tous présentaient un syndrome de Frey survenu après une parotidectomie unila- térale. La plainte principale chez tous ces patients était une sudation profusesurvenant au cours de chaque repas. Deux patients relevaient, de plus, une rougeur locale non gênante. Une stimulation gustative a été provoquée en leur faisant mâcher un morceau de citron. Pendant cette stimulation, nous avons mesuré successivement quatre paramètres' sur les deux hémifaces de chaque patient. L'hémiface sai- ne, du côté non opéré, a servi de contrôle à nos mesures. Ces paramètres, dont les méthodes de mesures sont détaillées ci-dessous, sont: la température cutanée, la quantité de sueur produite, l'érythème cutané local et la surface cutanée atteinte par le syndrome de Frey. Ces paramètres ont été mesurés dans un local isolé et climatisé (22 :t 1 °C; 25 :t 5%) après cinq minutes d'acclimatation du patient. Les mesu- res ont été faites approximativement à la même heure de la journée. La température cutanée a été mesurée à l'aide d'un thermomètre digital de surface (Di- gital Termometer TTX 1096, Ebro Electronic GmbH, Ingolstadt). Pour mesurer la quantité de sueur produi- te, nous avons confectionné des chablons de papiers buvard découpés de telle sorte qu'ils épousent la forme du visage. Ces chablons ont été pesés préalablement puis appliqués simul- tanément sur chaque hémiface du patient au cours de Ja stimulation gustative, pendant une minute. Une deuxième pesée a été effectuée après [' application. La différence entre les deux pesées donne le poids de la sueur prélevée. L'érythème cutané a été mesuré grâce à un chromamètre digital (Minolta CR 300). Finalement, pour mesurer la surface cuta- née atteinte par le syndrome de Frey, nous avons utilisé un chablon de papier amidonné et imprégné de vapeur d'iode dont la propriété est de se colorer en bleu au contact de la sueur. Cette méthode est une amélioration d'un test décrit par Minor (II). De la même façon que pour le papier buvard, un chablon a été appli- qué sur chaque hémiface du patient au cours d'une stimulation gustative, pendant une mi- nute. Ces chablons ont ensuite été numérisés à l'aide d'un scanner (Scan jet Il, Hewlett-Pac- kard) avec une résolution de 70 dpi, ce qui correspond à 28 points par centimètre (784 points/cm2). L'intensité de la coloration a été calculée par un logiciel d'analyse numérique (Matlab, The Math Works Ine., Natick, MA, USA), en appliquant une méthode d'analyse d'histogramme. Les valeurs numériques ont été divisées en quatre parties, avec les valeurs les plus élevée correspondant à des teintes clai- res (couleur de fond du papier amidonné) et