J Radiol 2004;85:1811-1818
© Éditions Françaises de Radiologie, Paris, 2004
formation médicale continue le point sur…
Cardiopathies ischémiques
(perfusion myocardique et viabilité) :
techniques et résultats
P Croisille
es maladies cardiovasculaires restent la première cause de
mortalité en France, avec en 1999, 164 900 décès soit près de
31 % de l’ensemble des décès. Un tiers d’entre eux sont liés
directement à la maladie coronarienne et près de la moitié des dé-
cès liés à une coronaropathie survient habituellement sans signes
précurseurs (1).
Au cours des deux dernières décennies, la compréhension physio-
pathologique, le diagnostic et la prise en charge des patients coro-
nariens ont profondément évolué grâce au développement des
techniques d’angioplastie coronarienne qui permettent de traiter
les lésions coronariennes « significatives », mais aussi grâce au dé-
veloppement des techniques d’imagerie non-invasive permettant
l’évaluation de la perfusion myocardique. À l’heure actuelle,
d’une attitude initiale qui répondait à un pur réflexe « occulo-sté-
notique » négligeant l’état du myocarde sous-jacent, l’attitude est
désormais plus raisonnée reposant sur une stratification du risque
en fonction de l’existence d’une ischémie myocardique ou non
dans les populations à risque, et une prise en compte non seule-
ment des lésions les plus serrées mais aussi, voire surtout, celles
présentant une sténose « à risque » de rupture (2). Désormais, il
est clairement établi que le pronostic coronarien ultérieur dépend
plus étroitement de la profondeur et de l’étendue de l’ischémie
que du nombre et de l’aspect des lésions démontrées par la coro-
narographie. On peut schématiquement individualiser plusieurs
situations cliniques où l’imagerie de perfusion joue dorénavant
un rôle bien individualisé : 1. patients présentant une maladie co-
ronarienne suspectée mais non certaine ; 2. patients présentant
une maladie coronarienne déjà documentée (coronarographie) et
3. patients au décours d’un infarctus myocardique.
Dans toutes ces circonstances, l’imagerie de perfusion a un rôle
fondamental en apportant des informations à la fois en terme de
marqueur de l’ischémie myocardique (territoires à risque de sur-
venue d’une nécrose), mais aussi en identifiant les dégâts myocar-
diques irréversibles (régions non viables).
À l’heure actuelle, la scintigraphie myocardique de perfusion au
thallium (201Tl) ou sestamibi (99mTc-MIBI) constitue la métho-
de de référence en routine clinique pour l’exploration de la per-
fusion myocardique. Ses limites sont bien connues (résolution
spatiale limitée, artéfacts d’atténuation, irradiation) et son rôle a
été clairement établi sur de larges cohortes de patients ayant défi-
ni sa valeur diagnostique et pronostique dans le spectre des situa-
tions cliniques de la maladie coronaire. Dans ce contexte, l’IRM
de perfusion apparaît donc comme une technique alternative, en
devenir qui a bénéficié au cours des quelques dernières années
d’améliorations significatives qui permettent à la fois l’étude de
la perfusion au cours du premier passage après injection de gado-
linium, mais aussi de rechercher les lésions myocardiques irré-
versibles (rehaussement tardif).
Notions physiopathologiques requises
1. Relation entre la sévérité d’une sténose coronaire
et la perfusion myocardique d’aval
À l’état basal, la sténose d’une artère coronaire épicardique ne
réduit le débit coronaire que pour une réduction relative d’envi-
ron 80 % de son diamètre. Tant que la sténose est inférieure à 75-
Abstract Résumé
Ischemic heart disease (myocardial perfusion and viability):
techniques and results
J Radiol 2004;85:1811-1818
Over the last two decades, the understanding, diagnosis and treatment
of patients with suspected or known coronary artery disease have made
tremendous progress, in particular with the help of the development of
non-invasive methodologies for assessing myocardial perfusion and
viability. Clinically, nuclear medicine techniques (particularly SPECT
imaging) have predominated. With the recent technical developments
allowing for a combined assessment of perfusion and irreversible
damage with late enhancement imaging, MRI will now play a major
role in the assessment of ischemic heart disease.
La compréhension physiopathologique, le diagnostic et la prise en
charge des patients coronariens ont profondément évolué au cours
des deux dernières décennies. Les techniques d’exploration non
invasives permettant d’évaluer la perfusion et la viabilité myocar-
dique ont joué dans ce contexte un rôle considérable. Aux côtés de la
scintigraphie myocardique, qui constitue à l’heure actuelle la
référence clinique pour l’évaluation de la perfusion, l’IRM cardiaque
apparaît comme une technique dont la place dans la stratégie
diagnostique n’est pas encore clairement établie, mais qui, compte
tenu des récents progrès techniques va jouer un rôle « pivot »,
puisqu’elle permet tout à la fois une étude de la perfusion après
injection de gadolinium, mais aussi une recherche des lésions myocar-
diques irréversibles (rehaussement tardif), en plus d’une étude de la
fonction globale et segmentaire.
Key words: MR, perfusion study. Myocardium, MR. Myocardium,
ischemia.
Mots-clés : IRM de perfusion. Cœur, ischémie. Cœur, imagerie
fonctionnelle.
L
Hôpital Cardiologique L. Pradel, UMR CNRS 5515 et INSERM U630 Creatis,
28, avenue Doyen Lépine, 69677 Bron Cedex.
Correspondance : P Croisille
E-mail : croisille@creatis.univ-lyon1.fr