189 M éditerranée Numéro 61 ● Printemps 2007 Judith Ezekiel Maître de conférence à l’Université de Toulouse le Mirail et membre du groupe Race et Genre de l’équipe de recherche Simone-Sagesse A u cours de la première année d’application de la loi, seule- ment 48 filles et 3 garçons sikhs sont renvoyés de leur école. Mais le débat a secoué tout l’Hexagone, puis s’est étendu à l’ensemble de la planète : quelques jours avant la rentrée scolaire, deux journalistes français et leur chauffeur ont été pris en otage en Irak, et leurs ravisseurs demandaient le retrait de la loi sur les signes religieux. Alors que cette mesure ne s’applique qu’aux écoles primaires et secondaires, l’interdiction essaime tous les jours. On rejette l’aide des mères d’élèves « voilées » pour les sorties scolaires. Lors d’un mariage, une mairie empêche une femme ainsi vêtue d’être témoin. Un univer- sitaire toulousain refuse d’enseigner devant une étudiante en hijab, invoquant le « droit de retrait » qui s’applique normalement lorsqu’u- ne situation présente un danger pour la vie ou pour la santé. Cette controverse, dont l’intensité mystifie les étrangers, vient du sens investi dans ce petit bout de tissu ; la hijab story révèle et distille la transformation de la culture politique française depuis plus de quinze ans. Au coeur de cette culture se trouve un quasi-consensus autour En février 2004, à une écrasante majorité, l’Assemblée nationale française vote une loi qui interdit « le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse » dans les écoles publiques. Même si l’on y inclut les kippas juives et les crucifix « de dimension manifestement excessive », personne n’est dupe : on vise le hijab (« foulard » pour les opposants à la loi, « voile » pour les partisans). Magritte rencontre Maghreb : ceci n’est pas un voile 1 La hijab story Nous publions de nouveau cet article paru dans le n° 59, « Femmes et islamisme » : en effet, si la revue se réserve le droit de réduire ou de modifier un article, elle ne le fait jamais sans l’accord de l’auteur. Or ce principe n’a pas été respecté dans ce cas. Le comité de rédaction le regrette et a donc décidé de le republier dans son intégralité.