ANDREAS STERGIOU Historien et docteur en science politique Professeur associé au département de science politique Université de Crète En février 2008, Chypre est devenu le seul pays de l’Union européenne avec à sa tête un président de l’ancienne école. Étant donné le système présidentiel , l’élection du chef du parti progressiste des travailleurs chypriotes – nom du parti communiste ou AKEL – à la présidence de la République a constitué une surprise pour nombre d’observateurs qui n’étaient pas conscients du cas exceptionnel de Chypre en Europe occidentale 1 . Peu de partis communistes européens à l’Ouest comme à l’Est ont réussi à s’adapter aussi facilement à l’effondrement du système communiste, alors que dans le même temps l’AKEL obtenait des résultats meilleurs que pendant la Guerre froide. Cepen- dant, à la différence du renouvellement des autres partis communistes euro- péens, les années 1990 n’ont pas sonné le signal d’une rupture avec le passé ou de la reconversion dans une autre famille politique. L’AKEL a continué de se définir comme marxiste léniniste, tant dans ses principes idéologiques et dans sa symbolique graphique inaugurée en 1926, date de sa fondation – un traditionnel marteau rouge et or, brandi par un poing fermé. Tout ceci a constitué une interrogation majeure pour la science politique, car ne cor- respondant pas aux classifications politiques habituelles. L’objectif de cet article est d’analyser et d’expliquer ce cas exceptionnel qui commence avec ses développements en 1988, point de référence pour comprendre l’histoire de ce parti. Le Parti progressiste des travailleurs chypriotes - AKEL dans l’après Guerre froide