Annales de dermatologie et de vénéréologie (2009) 136, 393—394 HISTOIRE DE LA DERMATOLOGIE Les Annales de Dermatologie et de Syphiligraphie en 1895 : chancres syphilitiques multiples consécutifs au tatouage Excerpt from Annales de Dermatologie et de Syphiligraphie (French Annals of dermatology and syphilography): The multiple syphilitic chancres subsequent to tattooing N. Kluger * , B. Guillot Service de dermatologie, hôpital Saint-Éloi, université Montpellier-I, CHU de Montpellier, 80, avenue Augustin-Fliche, 34295 Montpellier cedex 5, France Disponible sur Internet le 5 mars 2009 La syphilis d’inoculation aura vraisemblablement constitué le premier problème de santé publique associé au tatouage. Fléau de la fin du xix e et au début du xx e siècle [1—3], le premier cas d’« inoculation vérolique » revient à Hutin en 1853 [4]. De nombreuses publications ont ensuite suivi en France et à l’étranger. La « bizarrerie » — terme employé par Jullien — des circonstances d’inoculation éveillait en effet l’intérêt des « syphiligraphes » de l’époque. Par ailleurs, de véritables épidémies de syphilis d’inoculation, notam- ment chez les militaires, sont également rapportées par des médecins franc ¸ais et américains. À titre d’exemple, en 1886, 26 sur 41 chancres extragénitaux dépistés chez des militaires américains étaient localisés sur des tatouages (Arthur 1886, [2])(Fig. 1). C’est dans ce contexte sociomédical, que L. Cheinisse, interne à l’hôpital Saint-Éloi suburbain de Montpellier, rap- porte une observation typique « n’ayant plus l’intérêt de la nouveauté » chez un jeune homme de 20 ans, qui consultait pour « cinq ulcères disséminés sur un tatouage » réalisé un * Auteur correspondant. Adresse e-mail : nicolaskluger@yahoo.fr (N. Kluger). mois et demi auparavant sur l’avant bras droit [5]. Ce cas clinique est pourtant informatif à plus d’un titre. L’auteur constate que ce jeune homme, maréchal- ferrant, s’est fait tatouer son corps de métier sous la forme d’« une enclume surmontée des deux marteaux croisés ». Cette constatation n’a probablement rien d’anodin. Elle est un rappel direct aux travaux d’anthropologie criminelle, en vogue à l’époque en France et en Italie, notamment ceux d’Alexandre Lacassagne. En 1881, ce professeur lyonnais avait relevé et classé près de 2000 tatouages chez des prison- niers. Parmi les sept catégories que répertorie Lacassagne se trouvent « les emblèmes professionnels » [6]. La description des chancres syphilitiques est typique : « Ces ulcérations ne sont pas douloureuses. (...) Les sur- faces ulcérées sont légèrement proéminentes, circulaires et symétriques ; leurs bords sont réguliers et entourés d’un liseré blanchâtre formé par la desquamation épidermique. Mamelonné et bourgeonnant dans l’ulcère le plus grand, uni dans les autres, le fond présente partout un teinte rouge sombre, parsemée de quelques points jaunes ». Le diagnos- tic est confirmé définitivement par « une induration très nette de la lésion » ainsi que la présence de « trois ganglions volumineux, indurés et indolents » dans l’aisselle droite. 0151-9638/$ — see front matter © 2009 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés. doi:10.1016/j.annder.2009.01.003