Le déclin de Marseille Pierre-Olivier WEISS La légende glorifie le mouvement, le brassage des cultures ; les chiffres mettent en évidence une ville vidée de ses forces productives, sédentaire et sous perfusion étatique. Ceux qui partent sont les groupes sociaux produits par la société industrielle. Restent les pauvres qui, depuis la fin des années 1980, singularisent sociologiquement Marseille. Recensé : Michel Peraldi (dir.), Claire Duport, Michel Samson, Sociologie de Marseille, Éd. La Découverte, Coll. Repères, Paris, 2015. 121 p., 10 . Une triple mutation Depuis le début des années 1960, Marseille a connu une transformation sociale et économique conséquente notamment symbolisée par la mutation de son port au rayonnement mondial, la désertion des bourgeoisies commerçantes et le délaissement des classes populaires par les pouvoirs publics : « Marseille est une étoile économiquement morte dont la lumière continue de briller » (p. 3). Les données statistiques sur la ville montrent une société urbaine très différente de ses légendes, presque inversée. Le taux de pauvreté des 1 er , 2 e et 3 e arrondissements est estimé à près de 50% de la population. L’autre pôle urbain de concentration de la pauvreté est celui desdits « quartiers nord » (p. 16). Néanmoins, en comparaison aux autres grandes villes françaises (Paris, Lyon, Bordeaux, Toulouse), Marseille se distingue par la grande stabilité de ses habitants. Enfin, Marseille se signale aussi par un faible taux de population étrangère ou immigrée. Les riches sont eux concentrés dans quelques microquartiers sur le mode des Gated communities (8 e et 9 e arrondissements). Chronique d’un désastre De la fin de la Seconde Guerre mondiale au choc pétrolier des années 1970, la quasi- totalité de l’appareil industriel marseillais disparaît. C’est d’ailleurs cette étroite dépendance de l’industrie au port, du capital industriel au capital commercial, qui va causer sa perte. Un certain nombre de membres de grandes familles industrielles trouvent dans le programme d’urbanisation des années 1960 (fin de la guerre d’Algérie) les moyens d’une reconversion profitable, liquidant les usines et les ateliers pour bâtir des logements et transformant leur capital industriel en capital commercial immobilier.