1 POST-SCRIPTUM 06.16 Walter Benjamin et le fantôme de l’AURA Hernan FERNANDEZ-MEARDI (Université de Montréal) Lorsque Walter Benjamin, dans les années 1930, interrogeait les effets politiques du changement radical opéré par l’avènement de la reproductibilité technique de l’œuvre d’art dans la société, il faisait en même temps la mise au point du concept d’aura, sur lequel allait s’appuyer toute sa théorie du matérialisme historique de l’art. Ces descriptions aux allures de prémonitions, plutôt que de caractériser et de défendre une position révolutionnaire, faisaient surtout une projection des implications sociopolitiques futures de ces transformations techniques. La désacralisation de l’œuvre d’art, suivant la trace de Max Weber, mais avec des intérêts politiques différents, lui permettait de pointer son regard sur l’observation des médiations discursives et techniques qui œuvraient dans l’agencement artistique d’une époque marquée par l’instabilité sociopolitique et le progrès technoscientifique. Le fait de traiter l’œuvre d’art comme un produit social est tout à fait cohérent avec le discours révolutionnaire marxiste qu’il défend et avec l’exposition d’une théorie qui tente de conceptualiser une fracture révolutionnaire dans les médias. Il rend manifeste l’existence d’un déphasage entre les rythmes de la superstructure (plus lente) et l’infrastructure (plus rapide) et la propension du comportement humain à changer par l’action des nouveaux médias : la photographie, le phonographe et le cinématographe. Ce changement dans le comportement de la société est engendré par la nouveauté perceptive et reproductive des nouvelles techniques de reproduction de l’image. Mais quelle est la nécessité de créer un concept permettant de monter une mise en scène du clivage temporel qu’engendrent la photographie, le phonographe et le cinéma dans les tendances évolutives des conditions sociales face à l’art ? Dans son argumentation, Benjamin a besoin d’établir cette fracture afin de mettre en relief le caractère révolutionnaire des nouvelles technologies en relation avec les changements sociaux que vit son époque. Mais malgré les implications et les intérêts politiques auxquels il pourrait amener ses conclusions, il se montre prudent quant aux pronostics de ses démarches analytiques : La transformation de la superstructure, plus lente que celle de l’infrastructure, a demandé plus d’un demi-siècle pour faite valoir dans tous les domaines culturels le changement des conditions de production. Sous quelle forme s’est fait ce changement, on ne peut le préciser qu’aujourd’hui. On est en droit d’attendre de ces précisions qu’elles aient aussi valeur de pronosti que. Mais à ces attentes correspondent moins des thèses sur l’art prolétarien après la prise du pouvoir, encore moins sur la société sans classes, que des thèses sur les tendances évolutives de l’art dans les conditions présentes de la production [1]. Alors, même si les implications politiques sont claires, l’analyse rest e figée dans le domaine des modalités des médiations de l’art. Sa démarche se limite à désacraliser l’art, à montrer que les nouveaux médias font partie de la révolution culturelle et perceptive qui a produit des changements capitaux dans les communications et surtout dans les mœurs de la société. Il met en relief, par exemple, le fait que la photographie et le cinéma demandent moins d’attention de la part du public, et qu’en conséquence, l’approche perceptive de la société face aux medias change radicalement. Dans cet essai, je voudrais dans un premier temps faire une analyse des implications théoriques et discursives du concept d’aura, d’après les propos tenus par Walter