Comptes rendus / Sociologie du travail 52 (2010) 409–440 427 promulgué une structure éducative et un enseignement commun à tous les élèves jusqu’à 16 ans ont réduit significativement les inégalités devant l’école. La dernière partie fournit une critique des politiques publiques. Le déplacement de la responsa- bilité vers l’individu transforme les pratiques professionnelles dans les deux domaines considérés. On assiste à l’émergence d’une profession autonome chargée du conseil. Dans le domaine éduca- tif, elle assure la régulation des pratiques des enseignants grâce à un pilotage et à une évaluation des résultats. On aboutit à une standardisation : fixation des objectifs à atteindre, contrôle des résultats. Dans le cas du chômage, aider à trouver un emploi devient second. Le rôle des conseillers consiste à amener les enseignants, les spécialistes du traitement du chômage ou les chômeurs eux-mêmes à opérer un travail sur soi, à accepter une forme d’autocontrainte. Ces nouvelles normes sont intériorisées. Une même conception est à l’œuvre dans le cas des projets des élèves. L’ouvrage, malgré la qualité du travail éditorial, souffre de nombreuses répétitions, notamment dans les énoncés des théories. Les parallèles établis entre les actions de l’État dans les domaines de l’éducation et de l’emploi ne vont pas de soi. Quel est le sens de la notion d’égalité des chances dans le cas du chômage ? L’abandon du principe d’égalité de traitement semble le mieux à même de rendre compte des évolutions des politiques publiques dans ce domaine, ce que soulignent d’ailleurs une partie des auteurs. Est-il par ailleurs raisonnable de placer le principe d’égalité des chances au cœur des réformes éducatives du xx e siècle ? L’instruction du citoyen ou la formation des différentes catégories de main-d’œuvre ont davantage guidé les actions des États en Europe. D’une manière générale, peut-on analyser les politiques passées au prisme des conceptions contemporaines de la justice ? Les mérites de l’ouvrage résident dans l’effort de clarification des théories et dans la tentative de les articuler aux politiques publiques. Les questions qu’il soulève sont capitales. Les politiques scolaires peuvent-elles assurer une égalité ou une justice dans un monde où tous les individus, y compris les élèves, sont inégaux ? Peut-on raisonnablement exiger de l’école qu’elle redistribue les cartes des positions sociales ? F. Dubet souligne avec raison les limites du juste dans le cas de l’école. L’éducation est aussi morale. Former un citoyen, socialiser, transmettre le savoir à tous importe tout autant que de tenter d’annuler les effets de la reproduction sociale ou d’assurer à chacun les mêmes opportunités d’accès aux places inégales. Annick Kieffer CNRS, centre Maurice-Halbwachs, École normale supérieure, 48, boulevard Jourdan, 75014 Paris, France Adresse e-mail : Annick.kieffer@ens.fr doi:10.1016/j.soctra.2010.06.024 Conflits et pouvoirs dans les institutions du capitalisme, F. Lordon (Ed.). Presses de Sciences Po, Paris (2008). 339 pp. L’ouvrage collectif dirigé par Frédéric Lordon représente une innovation importante pour les études qui prennent pour objet les liens entre l’économie et le politique. Les huit contributions proposent de revisiter empiriquement les composantes hétérogènes des agencements du capita- lisme dans lesquels s’enchâssent savoirs économiques, dispositifs monétaires, juridiques, fiscaux et modes de gouvernement. L’intérêt méthodologique est d’insister sur l’historicité de ces assem- blages en réhabilitant la politique qui les traverse de part en part. Dans ses deux contributions et son avant-propos, le directeur de l’ouvrage explicite les rapports au politique des diverses sciences