Simone Weil : Héritage marxiste et politicité de l’écriture Emilse Galvis 1 Universidad de los Andes- Colombia Dans ce texte je voudrais examiner la philosophie de Simone Weil à partir de deux registres : en premier lieu, à partir de la reconnaissance d’un héritage marxiste dans sa philosophie, j’aimerais suivre les traces qu’elle aurait établit elle-même pour repenser l’oppression en relation aux gestes, bruits, regards et manifestations de la condition ouvrière. Partant de ce registre, je voudrais, dans un second moment, repenser la dimension éthique et politique de l’écriture dans le contexte de son expérience de travail dans l’usine dans les années 1934-35. Ces deux registres se relient dans les réflexions de Simone Weil sur la condition ouvrière au sens où le fait de repenser la dimension éthico-politique de l’écriture dans un sens large implique, comme nous allons le voir, une certaine matérialité autant du discours que des corps qui se mobilisent dans le scénario de l’usine, corps épuisé, bruits et silences, mouvements, gestes, etc. dans lesquels entrent en jeu différentes manifestations de l’oppression. Autrement dit, les manifestations différentes de l’oppression dans lesquelles se tisse une certaine matérialité des corps sont justement constituées dans le lieu où c’est possible de repenser une politicité de l’écriture dans laquelle entre en jeu la dissociation du travail manuel et du travail intellectuel. Tenant ces propositions en compte, nous verrons comment (i) Simone Weil se situe dans un héritage marxiste particulier qui l’amène à problématiser et repenser l’oppression à partir de perspectives distinctes qui excèdent la réduction du marxisme à un certain mécanicisme ou scientisme qui pense l’action politique dans le registre d’une transformation du régime de propriété des forces productives. Pour Weil l’oppression fait partie d’un certain engrenage de l’usine où qui se reproduit dans les corps, gestes, mots et manifestations distinctes de la condition ouvrière. (ii) En deuxième lieu, nous essayerons de mettre en scène la particularité de la pensée de Simone Weil par rapport à une certaine tendance dans la philosophie française contemporaine qui propose de repenser une série de catégories autour du sujet politique, de l’éthique et du langage, et nous problématiserons ici une certaine dimension éthique et politique de l’écriture qui nous permet de relever quelques questions ouvertes par rapport aux auteurs comme Michel Foucault et Jacques Derrida. 1. L’héritage marxiste : Repenser oppression, corps, gestes et précarité Dans Réflexions sur les causes de l’oppression sociale, Simone Weil affirme que « la grande idée de Marx c´est que dans la société aussi bien que dans la nature rien ne 1 Esta ponencia se presentó en las “Journées doctorales LSCP” Université Paris 7 Denis Diderot. 2015