Revue du rhumatisme 79 (2012) 275–277
Disponible en ligne sur
www.sciencedirect.com
Fait clinique
Méningite rhumatoïde sous traitement par adalimumab et méthotrexate
Anne-Catherine M.L. Huys
a,*
, Pierre-André Guerne
b
, Judit Horvath
a
a
Service de neurologie, hôpitaux universitaires de Genève, centre hospitalier universitaire, rue Gabrielle-Perret-Gentil-4, CH-1211 Genève 14, Suisse
b
Service de rhumatologie, centre hospitalier universitaire, Genève, Suisse
info article
Historique de l’article :
Accepté le 22 juillet 2011
Disponible sur Internet le 28 février 2012
Mots clés :
Polyarthrite rhumatoïde
Méningite rhumatoïde
Facteur de nécrose tumorale alpha
Adalimumab
Méthotrexate
Rituximab
résumé
Les nombreuses manifestations extra-articulaires de la polyarthrite rhumatoïde sont bien connues. Dans
ce travail, nous présentons l’observation d’une méningite rhumatoïde chronique survenue sous traite-
ment par méthotrexate (MTX) et anticorps antifacteur de nécrose tumorale alpha (TNF-). Après neuf
mois de traitement par MTX et sept mois de traitement par anti-TNF-, une patiente de 59 ans, cauca-
sienne, atteinte de polyarthrite rhumatoïde modérée, récente et facteur rhumatoïde positive, a présenté
des céphalées et un ralentissement psychomoteur suivis par des crises convulsives. Le diagnostic a été
confirmé par une biopsie cérébrale dont l’histologie a mis en évidence une méningite granulomateuse
nécrosante. L’arrêt des deux traitements et des corticoïdes à hautes doses ont permis une amélioration
importante. L’ajout du rituximab, un anticorps anti-CD20 a permis l’arrêt des corticoïdes. C’est le cin-
quième cas publié décrivant l’apparition d’une méningite rhumatoïde sous traitement par inhibiteur du
TNF. Les inhibiteurs du TNF et le MTX ne semblent donc pas empêcher la survenue de cette complication
et pourraient même contribuer à son développement.
© 2012 Société Française de Rhumatologie. Publié par Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
1. Introduction
Les manifestations extra-articulaires multiples sont bien
connues de la polyarthrite rhumatoïde (PR). Les complications du
système nerveux central sont relativement rares. En dehors des
infections qui sont les plus fréquentes et de la luxation atloidioaxoï-
dienne, les complications touchant le système nerveux central
comprennent des nodules rhumatoïdes intracrâniens, la vascula-
rite rhumatoïde et la méningite rhumatoïde, forme de méningite
aseptique, qui se manifeste sous la forme d’une lepto- et/ou d’une
pachyméningite. La méningite rhumatoïde est rare et reste encore
actuellement une complication grave de la PR avec 70 % de morta-
lité [1]. Les symptômes sont des céphalées, des crises convulsives,
une fièvre, des atteintes sensitivomotrices, mentales et cognitives
[2]. Des biopsies méningées ont montré des granulomes nécrosants,
pour la plupart histologiquement identiques aux nodules rhuma-
toïdes typiques. Nous décrivons ici l’observation d’une patiente
dont la biopsie a confirmé la méningite rhumatoïde, apparue sous
traitement par adalimumab et méthotrexate (MTX). L’évolution
lentement progressive et initialement non spécifique a entraîné un
retard diagnostic qui aurait pu être fatal ou être à l’origine de lésions
Ne pas utiliser, pour citation, la référence franc ¸ aise de cet article, mais la réfé-
rence anglaise de Joint Bone Spine (doi:10.1016/j.jbspin.2011.07.008).
*
Auteur correspondant.
Adresse e-mail : a.m.l.huys.01@cantab.net (A.-C.M.L. Huys).
irréversibles. Nous passerons en revue la littérature et discuterons
des possibles mécanismes pathologiques.
2. Observation
Une patiente de 59 ans, caucasienne avec comme antécédent
une thyroïdite de Hashimoto, des migraines et une consomma-
tion tabagique a été diagnostiquée d’une polyarthrite rhumatoïde
(PR) non érosive, positive pour le facteur rhumatoïde et des anti-
corps antiprotéines citrullinés. Un traitement par MTX associé à
de l’adalimumab, un anticorps monoclonal entièrement humanisé
dirigé contre le facteur de nécrose tumorale alpha (anti-TNF)a
permis d’obtenir une résolution complète de ses manifestations
articulaires (Fig. 1). Cependant, neuf mois après le début du trai-
tement par MTX et sept mois après l’instauration du traitement
par adalimumab, elle présente un ralentissement psychomo-
teur et des céphalées intermittentes. L’imagerie par résonance
magnétique (IRM) cérébrale, trois mois plus tard, objective une
infiltration pachy- et leptoméningée avec rehaussement au gado-
linium. L’adalimumab et le MTX ont été arrêtés un mois après. Elle
est restée traitée par : lévothyroxine, doxium, alendronate, sibutra-
mine, biotine, chondroitine, calcium et cholécalciferol. L’analyse du
liquide céphalorachidien (LCR) a mis en évidence une leucocytose
(30/mm
3
) et une hyperprotéinorachie (0,56 g/L). L’examen clinique
à l’admission deux semaines plus tard était sans particularité à
l’exception d’un ralentissement psychomoteur. Les examens biolo-
giques standards étaient normaux. Une nouvelle ponction lombaire
(PL) a montré des résultats similaires à la précédente, l’IRM a
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doi:10.1016/j.rhum.2012.01.001