Math-École 223/juin 2015 14 Primaire Des pointes, Des pics et Des arronDis en 1p-2p Sylvia Coutat & Céline Vendeira Université de Genève introDuction Ce texte présente la conception, l’expéri- mentation puis l’analyse de quelques acti- vités de géométrie dans des classes de 1P Harmos 1 et 2P Harmos 2 . A l’origine, nous souhaitions concevoir des activités ludiques sous forme de jeux au- tour de la reconnaissance de formes afin de compléter celles existantes dans les moyens d’enseignement suisses romands. La conception puis l’expérimentation de diverses activités en classe, nous ont ame- nées à affiner peu à peu nos objectifs. Nous avons pris conscience qu’il était peut-être nécessaire d’enrichir le travail de recon- naissance de formes (très prégnant dans les classes d’élèves de cet âge) afin de concevoir des activités autour des carac- téristiques des formes que nous définissons dans ce qui suit. Au cycle 1 de l’école primaire, l’essentiel du travail géométrique entrepris avec les élèves (voir typologie de Coutat & Ven- deira, 2015) est de l’ordre de l’identifica- tion, l’appariement de deux formes, le tri de plusieurs formes (ayant des caracté- ristiques communes), le pavage, la repro- duction et la construction des formes géo- métriques les plus courantes (rond, carré, rectangle, triangle). En parallèle, l’utilisation d’un lexique spécifique pour les dénommer est nécessaire, mais se réduit souvent, « à l’apprentissage d’un vocabulaire culturel » (Duval, Godin, Perrin-Glorian, 2005, p.7). Le Plan d’Etude Romand (PER), référence des enseignants suisses romands, met en évidence la progression des problèmes de géométrie entre le cycle 1 et 2 de l’école primaire de la manière suivante : 1 Elèves de 4-5 ans. 2 Elèves de 5-6 ans. Au cycle 1 les élèves s’appuient sur un espace physique où « la forme est liée à la perception d’ordre visuel d’un objet », puis, peu à peu, au cycle 2, sur un espace conceptualisé où les objets sont représentés par des figures, comme objets « immuables et idéaux » qui « existent indépendamment des représentations (dessins, croquis…) qui en sont faites » (lexique). Au vu de cette description du PER, il manque, selon nous, un niveau intermé- diaire et essentiel dans ce passage du cycle 1 au cycle 2. En effet, même chez des jeunes élèves un travail sur quelques carac- téristiques des formes est possible. Ainsi, sans se situer au niveau théorique des objets géométriques définis par leurs propriétés, un travail intermédiaire sur les éléments qui composent les formes est envisageable et constitue le cœur de notre recherche. Nous appelons caractéristiques des formes ces éléments qui composent les formes. Cette étape intermédiaire permet, de plus, de tra- vailler sur le passage d’une vision très pré- gnante de la forme à travers sa surface, à une vision plus experte à partir des éléments qui la composent (réseaux de droites et de sommets) 3 . Les recherches en didactique des mathé- matiques (Braconne-Michoux, 2008 ; Hou- dement & Kuzniak, 2000 ; Parzysz, 2003 ; Van Hiele, 1959) pointent quant à elles plutôt la rupture, dans l’enseignement de la géo- métrie, entre le primaire et le secondaire 1 puis le secondaire 2 où le raisonnement et la déduction priment. D’autres recherches s’intéressent au passage entre le cycle 1 et 2, mais davantage du point de vue de l’utili- sation des instruments de géométrie (Perrin- Glorian, Godin, 2014). Dans cet article nous développons quelques-unes des activités conçues ainsi que les choix didactiques qui les sous- tendent puis nos premières analyses suite à des expérimentations menées en classe. 3 Duval R., Godin M. (2005).