Rev. Sc. ph. th. 99 (2015) 3-24 PHILOSOPHIE ET RÉVÉLATION DANS LE KUZARI DE JUDA HALLÉVI par Dan ARBIB Université Jean Moulin – Lyon 3 « L’homme ne parvient au divin que par le divin » Kuzari, I, 98, 31 « Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob, non des philosophes et des savants » 1 , écrivait Pascal dans « le petit parchemin » que la tradition a appelé le Mémorial. Célèbre au moins par sa netteté presque brutale, cette opposition est ancienne – on la trouve déjà dans le magnum opus du poète et théologien médiéval Juda Hallévi (1075-1141) 2 . Interrogé par le roi khazar sur sa croyance, le Rabbin répondait en effet : « Je crois en le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, qui a fait sortir d’Egypte les enfants d’Israël… » 3 , suscitant l’étonnement du roi : « Ô Juif, tu aurais dû dire que tu crois en le Créateur du monde, qui 1. PASCAL, Œuvres complètes, Paris, Le Seuil (coll. « L’intégrale »), 1963, p. 618 ; « petit parchemin » est l’expression de la note du 3 e Recueil Guerrier (citée ibid.). 2. Nos références au Kuzari (abrégé en Kuz.) renvoient à JUDA HALLÉVI, Le Kuzari. Apologie de la religion méprisée, traduit sur le texte original arabe confronté avec la version hébraïque et accompagné d’une introduction et de notes par Charles TOUATI, Paris-Louvain-Dudley, Peeters, 2006 (réimpression de l’édition parue dans la Bibliothèque de l’EPHE, Paris, 1994). Pour des précisions sur les différentes leçons et éditions du texte, voir l’introduction de C. Touati, p. X-XIII ; le glossaire arabe/hébreu/français des p. XIII-XIV est précieux. Nous indiquons successivement le numéro du livre, du paragraphe, puis de la page ; ainsi, « I, 4, 5 » signifiera « livre I, § 4, p. 5 ». Enfin, comme C. Touati, nous optons pour une translittération en « Hallévi », plutôt qu’en d’autres formes comme « Halévi » ou « Halévy ». 3. Kuz., I, 11, 9.