G érer l’attente : le Bénin rural face à la décentralisation Pierre-Yves Le Meur Anthropologue La décentralisation est à la fois affaire de mobilisation des ressources à des fins collectives ou publiques et de légitimité des institutions politiques devant contrôler le drainage et l’usage de ces ressources. Comme procédure politique et administrative, elle est inscrite dans la constitution béninoise du 11 décembre 1990 (art. 150/153) issue de la transition démocratique pacifique qu’a connue le pays en 1989- 1990, après dix-sept années de régime militaro-marxiste. Les États généraux de l’administration territoriale de 1993 ont confirmé cette option, reprise à son compte par le chef de l’État d’alors, Nicéphore Soglo, ce qui a permis d’en préciser des éléments d’organisation et de calendrier (MISAT, 1993). La décentralisation et le transfert des compétences devaient se faire de manière graduelle et la commune apparaissait comme l’échelon stratégique du nouveau dispositif (loi n° 97-029, art. 2). En fait, la décentralisation aura beaucoup tardé à se mettre en place. La traduction des options définies par les États généraux de 1993 en textes législatifs a attendu 1999 pour quatre d’entre eux, et le cinquième, portant régime électoral communal et municipal en république du Bénin, n’a finalement été adopté par l’Assemblée nationale qu’après avoir été refusé plusieurs fois par la Cour constitutionnelle. Les deux tours des élections municipales ont eu lieu en décembre 2002 et janvier 2003. Les gouvernements suc- cessifs ont manifestement reculé devant la forte teneur politique de la décentralisation et les enjeux qu’elle représente dans les rapports de forces entre partis politiques. Le débat sur la décentralisation a par ailleurs été parasité par les questions du re-découpage des dépar-