69 2 « Libreville by night ». Célébrité, sexualité et violence des rapports de genre dans le monde de la nuit Alice Aterianus-Owanga 1. Introduction Quoique Libreville passe parfois pour être une ville paisible, où les agitations seraient épisodiques et minimes en comparai- son des embrasements d’autres villes africaines, telles que Lagos ou Johannesburg 1 , le quotidien des jeunes librevillois témoigne d’une vie violente sous maints aspects. Des manifestations évi- dentes d’un état de brutalité latente transparaissent au travers des «casses» dans les bars, des braquages à la machette, des rixes publiques ; au travers des disputes conjugales survenant au vu et au su d’un voisinage vivant dans la promiscuité, de la coexistence entre les classes opulentes et celles d’une extrême pauvreté (Bouju et De Bruijn, 2008), ou encore au travers des faits divers et crimes rituels relatés dans les médias et les discus- sions populaires 2 . 1. À propos de la violence des villes africaines et de ses fondements historiques, voir De Montclos, 2002. 2. On pense tout particulièrement aux affaires de sorcellerie intra- lignagère, aux crimes rituels, aux vols de sexe (Bonhomme, 2009), aux profanations de tombes et autres trafics d’organes. Pour quelques travaux sur le mystique et ses métamorphoses urbaines au Gabon ou en Afrique, on peut citer entre autres: Geschiere, 1995 ; Bernault et Tonda, 2000; Ber- nault, 2005 ; Meyer et Pels, 2003.