Turcica, 47, 2016, p. 3-31. doi: 10.2143/TURC.47.0.3164940
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Marc TOUTANT
LE PREMIER ROMAN D’ALEXANDRE
VERSIFIÉ EN OTTOMAN
OU LES FONDEMENTS
D’UNE DIDACTIQUE PRINCIÈRE
A figure d’Alexandre le Grand est présente depuis une époque
ancienne dans la littérature turque. Elle apparait dès le XI
e
siècle dans
le Diwan luġat at-Turk, le dictionnaire encyclopédique composé vers
1077 par Mahmoud de Kachgar. Fait révélateur de la façon dont le
personnage est alors perçu, lorsque les notices des termes « çigil »,
« uygur », « tutmaç » ou encore « türkmen » sont illustrées à l’aide
d’anecdotes tirées de la vie du conquérant, le lecteur comprend que la
langue maternelle d’Alexandre pour l’auteur n’est pas le grec mais le
persan. Cette relecture de l’histoire laisse penser que le roi macédonien
revêtait alors pour les Turcs les traits d’un général iranien
1
. Le rôle que
joue le prisme persan dans le processus de réappropriation turcique du
cosmocrator ne s’estompe guère par la suite. À l’est, en Asie centrale,
comme à l’ouest, en Asie Mineure, les auteurs turcophones qui s’em-
parent de cette tradition s’inspirent d’abord des ouvrages composés par
leurs prédécesseurs iraniens, de sorte que cette influence se retrouve
dans tous les genres littéraires à l’époque ottomane, aussi bien dans la
Marc Toutant est chercheur associé au CETOBaC et chercheur post-doctorant à l’Univer-
sité de Californie (UCLA). Contact : marcetnakissa@gmail.com.
1
Cf. Dankoff, « The Alexander Romance », Boyle, « Alexander and the Turcs »,
p. 109-111.
L