La sédation pour détresse en fin de vie
à domicile : nouvelle approche et nouvelle
philosophie ?
M. Schell*, C. Conter, A. David, M.-L. Joris, Y. Devaux
Institut d’Hématologie et d’Oncologie Pédiatrique, ESPPéRA, 69373 Lyon cedex 08.
Table ronde
© 2011 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
Archives de Pédiatrie 2011;18:205-206
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*Auteur correspondant.
e-mail : schell@lyon.fnclcc.fr ; matthias.schell@esppera.fr
La sédation en fin de vie
C
haque année, 2 000 nouveaux cancers pédiatriques sont
diagnostiqués en France. Avec des chances de guérison
avoisinant 80 %, environ 400 à 500 enfants décéderont
chaque année de leur maladie. Dans l’expérience de l’Institut
d’Hématologie et d’Oncologie Pédiatrique (IHOP) de Lyon, où
environ 30 à 40 enfants et adolescents décèdent chaque année,
beaucoup d’enfants et leurs familles souhaitent une prise en
charge à domicile, aussi bien en phase curative, qu’en phase
palliative et terminale. L’augmentation de cette demande d’ex-
ternalisation des soins nous a poussés à développer des prises en
charge de plus en plus complexes. L’anticipation des événements
et des symptômes futurs est particulièrement indispensable en
soins palliatifs pédiatriques (SPP) [1]. Les situations les plus diffi-
ciles et complexes en SPP sont les situations de détresse en fin de
vie nécessitant la mise en place d’une sédation. L’envahissement
métastatique pulmonaire par exemple va provoquer d’abord un
essoufflement à l’effort, puis, avec la progression de la maladie,
des sensations de « soif d’air » avec une angoisse de « ne pas y
arriver ». La sensation de manquer d’air s’accompagne forcement
d’angoisse initialement occasionnelle et liée à l’effort, puis de
plus en plus importante, y compris au repos. L’aide médicale
que l’on peut apporter aux patients est tout d’abord la mise en
place d’une anxiolyse. Elle peut être associée éventuellement à
des médicaments pour baisser la fréquence respiratoire afin de
diminuer le pourcentage de la ventilation au niveau de l’espace
mort. Puis, dès que cette sensation de « soif d’air » deviendra
insupportable pour le patient, la titration d’une sédation est
souvent nécessaire.
Or la mise en place de cette sédation est complexe et nécessite
une expertise clinique, et une évaluation régulière afin d’adapter
la médication aux besoins du patient [2]. Ces difficultés, déjà bien
réelles en milieu hospitalier, ont été un frein pour son instauration
à domicile.
Notre service d’HAD est coordonné par un médecin pédiatre onco-
logue, formé en SP. Les demandes de maintien à domicile jusqu’au
décès, y compris pour des situations à fort risque de nécessiter une
sédation ont vu leur nombre augmenter. Nous avons dû chercher
à répondre à cette demande et à trouver des solutions adaptées
pour la mise en œuvre d’une sédation pour détresse en fin de vie
à domicile. Comment anticiper ? Comment surveiller et adapter,
sans être sur place ? Cet article tente de résumer la démarche
et d’analyser rétrospectivement les résultats et les bénéfices de
notre démarche de sédation à domicile.
1. Matériel et Méthodes
Nous avons réalisé une relecture de tous les dossiers de patients
pris en charge en soins palliatifs et en phase terminale à domicile
par notre HAD pédiatrique hospitalière entre 2007 et 2010. Après
identification des dossiers contenant une prescription anticipée
de midazolam, nous avons fait une analyse détaillée des dossiers
infirmiers et médicaux.
2. Résultats
Quinze des 70 enfants et adolescents (âgés de 7-22 ans) pris en
charge en fin de vie ont eu une prescription anticipée de midazo-
lam. Les indications ont été la dyspnée terminale (n = 14) et agi-
tation pour méningite carcinomateuse (n = 1). Toute prescription
anticipée a été précédée d’un entretien avec l’adolescent et ses
parents. Des prescriptions ont été réalisées exclusivement sous
forme de midazolam IV par pompe de type PCA. Les prescriptions
ont été écrites entre 0 et 82 jours avant le début effectif du mida-
zolam. Pour 11 patients, l’instauration du midazolam a été réali-
sée à domicile 2-6 jours avant le décès. Trois autres patients ont
débuté ce traitement après une ré-hospitalisation. Un patient
a été mis sous midazolam à l’hôpital, puis a été pris en charge
par la suite à domicile. Un patient n’avait pas souhaité de débits
continus mais simplement la possibilité de réaliser des bolus
pour gérer son angoisse. Les autres patients avaient tous un
débit continu et la possibilité de bolus sur auto-déclenchement.
La prescription initiale a toujours été réalisée par le médecin
hospitalier, coordonnateur de l’HAD. Pour les patients avec un
débit continu, la dose moyenne initiale a été de 0,016 mg/kg/h
avec des bolus calculés sur la base de 0,03 mg/kg, plafonnés à
1 mg/bolus. Sept patients sont décédés à domicile. Toutes ces
situations ont bénéficié d’une réunion entre soignants libéraux
et de l’HAD avec un temps de discussion important autour de
l’indication et de la réalisation du midazolam. La réalité sur le
terrain montre des résistances parfois importantes, avec un
besoin de clarification entre sédation et provoquer la mort par
un acte euthanasique.
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