Zaâma d’Banlieue (1979-1984) : les pérégrinations d’un collectif féminin au sein des luttes de l’immigration 144 Foued NASRI L’objectif de cette contribution est de rendre compte des pérégrinations d’un mouve- ment, Zaâma d’Banlieue, au sein de l’espace lyonnais de l’immigration. Zaâma d’Banlieue est un collectif essentiellement féminin dont les premières manifestations en tant que groupe affinitaire datent de 1979 et dont la visibilité dans l’espace public semble coïncider avec les mobilisations contre le décret Imbert au mois de mai 1980 145 . Le collectif se dissout en 1984 à la suite des Assises nationales des associa- tions de jeunes issus de l’immigration, qui se tiennent les 9, 10 et 11 juin 1984 à Villeurbanne et Vaulx-en-Velin. Zaâma d’Banlieue n’a pas, sous ce vocable, d’existence officielle ; le groupe est enregistré en préfecture sous l’acronyme Associa- tion expression jeunes immigrés (AEJI), fondée le 19 octobre 1982. Ses principaux thèmes de mobilisation s’articulent autour de la problématique dite « police/justice » : il s’agit de dénoncer les contrôles d’identité abusifs, les brimades, les humiliations et les violences policières diverses. L’insistance sur les rapports « police/justice » réfère à une situation contingente, une histoire et une mémoire partagée de ces interactions difficiles. Les griefs envers l’institution judiciaire concernent la rigueur du traitement de la petite délinquance qui contraste avec une forme de laxisme dans l’administration des peines à l’égard des individus soupçonnés d’homicide sur de jeunes « héritiers » 146 de l’immigration maghrébine. Les revendications de Zaâma d’Banlieue visent égale- ment le principe et les modalités des expulsions de jeunes étrangers condamnés pour des actes de délinquance. 144 Je remercie les responsables du programme ANR « Genrebellion », qui a financé une partie de ce travail de recherche doctorale ayant abouti à cette contribution. 145 Les militantes de Zaâma d’Banlieue sont partenaires de la grève de la faim des étudiants étrangers visant à dénoncer le décret Imbert du 31 décembre 1979, qui leur restreint l’accès à l’université en les soumettant à une procédure de pré-inscription et à un test linguistique. 146 Ahmed Boubeker, Les mondes de l’ethnicité. La communauté d’expérience des héritiers de l’immigration maghrébine, Paris, Balland, 2003, p. 26. Nous retenons la notion d’« héritiers » dans la mesure où elle permet de dépasser les déterminations de certaines catégories jusque-là employées et de penser à la fois l’inscription dans ces mondes de l’ethnicité et la multiplicité des rapports à l’origine et à l’horizon d’attente des acteurs et des actrices.