Turcica, 47, 2016, p. 235-256. doi: 10.2143/TURC.47.0.3164946
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Özgür TÜRESAY
L’AFFAIRE DREYFUS VUE PAR
LES INTELLECTUELS OTTOMANS
899. Eskihisar, villégiature d’Istanbul à une cinquantaine de kilo-
mètres de la capitale impériale. Un intellectuel ottoman hors du commun,
l’illustre peintre, fondateur de l’École des beaux-arts et directeur du
Musée impérial d’archéologie d’Istanbul, Osman Hamdi Bey (1842-
1910)
1
est en train de mettre les dernières touches à un tableau représen-
tant son cousin Tevfik Bey lisant le journal L’Aurore dont la manchette
du jour titre : « [ESTERH]AZY en 1899. Dreyfus le/ce héros »
2
. Sur la
gauche du tableau, on aperçoit la dédicace d’Osman Hamdi Bey, écrite
en français : « A Tevfik, son cher cousin dreyfusard. O. Hamdy. İdem
Dreyfusard, Eski-Hissar 7
bre
1899 »
3
(fig. 1). Aussi étrange qu’elle puisse
paraître au premier abord, cette scène n’est cependant que l’un des
exemples de l’impact que l’affaire Dreyfus eut sur les intellectuels otto-
mans qui, dans leur écrasante majorité, s’enorgueillirent à juste titre
d’être des dreyfusards.
Comptant parmi les épisodes fondateurs de l’histoire contemporaine
de la France, l’affaire Dreyfus est aussi l’un des premiers événements
Université Galatasaray (Istanbul), Département de Science politique. Cette recherche est
réalisée grâce au soutien financier du Comité de la recherche scientifique de l’université
Galatasaray (code du projet : 14.104.002) ainsi que celui de l’Agence Universitaire de la
Francophonie. Je tiens à remercier ici mes collègues Noémi Lévy, Aude Signoles et
Emmanuel Szurek pour leurs critiques et suggestions sur ce texte.
1
Sur ce personnage, cf. Georgeon, « Le génie de l’ottomanisme » et Eldem, Un Otto-
man en Orient.
2
Pour une fine analyse de ce tableau, voir Eldem, Osman Hamdi Bey Sözlüğü,
p. 177-180.
3
Cezar, Sanatta Batı’ya Açılış vol. II, p. 709.
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