Ernwein, Marion (2014) La vidéo, un outil tout trouvé pour une géographie plus-que- représentationnelle ? EspacesTemps.net [Online] http://www.espacestemps.net/articles/la- video-un-outil/ La vidéo, un outil tout trouvé pour une géographie plus- que-représentationnelle ? Marion Ernwein, Université de Genève En se penchant sur les méthodes audiovisuelles en sciences sociales, il aurait été aisé et presque logique de s’attaquer à l’usage positiviste, réaliste et objectiviste de la vidéo, qui en fait un moyen de capter et enregistrer une réalité déjà existante. À l’instar de Pink, qui identifie une « rejection of video as [a] usefully objective recording method » (2001, p. 589), cette critique est aujourd’hui assez largement répandue et acceptée, en tout cas dans le monde anglo-saxon où les recherches utilisant la vidéo en géographie sont les plus répandues. Je souhaite donc plutôt me positionner en porte-à-faux contre une tendance qui voit dans une approche renouvelée de la vidéo un outil tout trouvé pour une géographie plus-que- représentationnelle. Les Non-Representational Theories ou NRT (Thrift 1996) se sont constituées en opposition aux « dead geographies of representation » (Cadman 2009, p. 462), accusées de figer les phénomènes sociaux par leur accent sur les représentations et les faits de culture. Elles cherchent à élargir la recherche à des « more-than-human, more-than-textual, multisensual worlds » (Lorimer 2005, p. 83), sur la base d’une épistémologie relationnelle et matérialiste. Plutôt que de théorie, il est plus exact de parler d’un regroupement d’approches partageant un intérêt pour de nouveaux objets de recherche, tels que les non-humains, le corps, les émotions et affects, le quotidien, et reconnaissant la recherche comme performance, en termes de méthode et d’écriture. Au sujet de cette dernière, Anderson et Harrison (2010) prônent de « new styles of performing geographic accounts » (Anderson et Harrison, 2010, p. 2). Le degré de rejet des approches dites représentationnelles varie entre postures non représentationnelles et plus-que-représentationnelles, tandis que le terme même de « représentation », tel qu’il est utilisé, renvoie aussi bien aux représentations sociales comme objet d’étude, qu’à l’écriture de la recherche comme acte de représentation, ou encore au rôle de l’expert comme représentant de la science. Avant d’aborder l’intersection entre les démarches vidéo et les NRT, il me semble utile de recenser les différentes approches de la vidéo en géographie, en reprenant la typologie de Garrett (2010), qui en identifie cinq : l’analyse de films, la production de films destinés à rendre accessibles les résultats d’une recherche au grand public, la collecte de matériaux à analyser, la production de films de recherche réflexifs, et la production de films de recherche participatifs ou collaboratifs — selon des degrés variables. La vidéo peut donc se retrouver à différents stades de la recherche : comme mode d’acquisition/construction de données, comme donnée à analyser, et comme mode de présentation de la recherche. L’approche qui se veut renouvelée de la vidéo s’oppose à l’usage de la vidéo comme medium d’une parole experte et objective sur une réalité préexistante. Elle mobilise la vidéo en tant que processus de recherche réflexif et/ou collaboratif, mais la voit aussi comme outil de collecte de matériaux non discursifs. Lorimer (2010) note explicitement que la vidéo a un intérêt important pour les NRT : « There is a growing interest in cultural geography in the potential of moving imagery and moving image methodologies for grasping the more-than-