440 Comptes rendus / Sociologie du travail 50 (2008) 434–445 Enfin, la quatrième partie « Le travail d’organisation en actes » s’ouvre sur cette question de Franc ¸ois Vatin : « Qu’est-ce que travailler ? ». Dans ces contributions, l’organisation, loin d’être antinomique au travail, apparaît comme l’un de ses éléments constitutifs. L’émergence d’une sociologie du travail se saisissant de l’activité interroge donc la relation entre l’expérience subjective et la mise en forme des situations de travail. Mais quelle est la nature de cette relation ? Est-ce une relation dialectique ou de subordination ? Y a-t-il continuité ou superposition de ces deux dimensions ? Ces questions renvoient au double enjeu qui traverse l’exigence de « montée en généralité » que se donne l’ouvrage. En premier lieu, la sociologie peut- elle intégrer la dimension toujours singulière de l’activité de travail dans ses conceptualisations sans remettre en cause ses modes d’administration de la preuve ? En second lieu, nous sommes amenés à poser la question de l’actualité du projet politique de la sociologie vis-à-vis du travail. La prise en compte de la dimension singulière de tout acte de travail amène-t-elle à renoncer à la proposition de modèles alternatifs au « modèle taylorien » ? Ou encore à imaginer d’autres modes d’intervention du sociologue, visant à expliciter le contenu de l’activité pour mieux transformer le travail ? Ouvrant ce vaste champ de questions, tout l’intérêt de l’ouvrage réside dans le fait de poser les premiers jalons d’une sociologie du travail qui prend le risque de « penser » l’activité. Sébastien Paul Laboratoire interuniversitaire des sciences de l’éducation et de la communication (LISEC), université Louis-Pasteur, 7, rue de l’Université, 67000 Strasbourg, France Adresse e-mail : sebapaul@aliceadsl.fr doi:10.1016/j.soctra.2008.06.020 Critique politique du travail. Travailler à l’heure de la société des services. Isabelle Ferreras, Coll. « Gouvernances », Presses de Science Po, Paris (2007). 273 pp. « Qu’est-ce aujourd’hui que le travail pour ceux qui travaillent ? ». Isabelle Ferreras ressource ici brillamment l’interrogation fondatrice de la sociologie du travail franc ¸aise. Pour elle, comme pour G. Friedmann en effet, le sens et le devenir du projet démocratique se jouent sur le terrain du travail, où les salariés aspirent — plus que jamais « à l’heure de la société de services » — au statut de citoyens. L’analyse empirique du quotidien du travail doit ainsi « lier les enjeux de l’atelier avec ceux de la société » et « élucider les conditions d’un “travail démocratique” ». Soucieuse toutefois d’offrir « une réponse non réductrice » à la question du sens du travail, elle bouleverse le cadre de la tradition friedmannienne : le travail ne relèverait ni du labor ni de l’œuvre, mais de l’action au sens d’H. Arendt, c’est-à-dire d’une expérience immédiatement politique. I. Ferreras écarte l’héritage croisé de la pensée libérale et du fonctionnalisme, qui tient volontiers le social, l’économique et le politique pour des sphères d’activité distinctes, aux rationalités spécifiques (symbolique, instrumentale et expressive). À ses yeux, les pratiques sociales inhérentes aux acti- vités économiques sont intrinsèquement politiques ; et toute sociologie véritablement critique du travail, une « sociologie critique et compréhensive des faits économiques ». Le croisement de la sociologie et des sciences politiques s’avère ici heuristique : il ne s’agit plus d’évaluer les effets d’une « situation de travail » sur l’autonomie des travailleurs, mais de suivre la genèse de « biens communs au travail », nullement réductibles à « l’autonomie ». Les trois premiers temps de l’ouvrage argumentent une thèse : l’expérience du travail est à la fois expressive, publique et politique. Considérant « l’étendue du fonds intellectuel contre lequel une pensée de l’expressivité du travail doit se construire », l’auteure choisit, avec les caissières de