BRUYLANT LES FRONTIÈRES DE L’INSULARITÉ TAIWANAISE ÉTUDE GÉOPOLITIQUE D’UN CAS DE NON-COÏNCIDENCE ENTRE FRONTIÈRES LÉGALES ET FRONTIÈRES RÉELLES PAR STÉPHANE CORCUFF Le présent chapitre étudie les frontières de Taiwan sous un angle historique, juridique et géopolitique. Nous tenterons d’illus- trer le fait que, selon l’approche adoptée par l’analyste, les fron- tières de Taiwan apparaîtront différemment : tantôt claires, tantôt évasives ; ou tantôt revendiquées, tantôt discrètement construites. $YHF HQ PpPRLUH HW FRPPH FDGUH JpRSROLWLTXH GキDQDO\VH OH FRQチLW politique et territorial qui oppose la Chine populaire (la République populaire de Chine, ci-après, la RPC) et Taiwan (la République de Chine, ci-après, la RDC) depuis le milieu du XX e siècle – et dont les dimensions fondamentales demeurent en place pour l’instant, en dépit d’un réchauffement entre les deux rives depuis 2008 – l’au- WHXU GH FH FKDSLWUH UpチpFKLUD j OキH[LVWHQFH RX QRQ GキXQH IURQWLqUH dans le détroit entre le continent chinois et cet archipel, et la plu- UDOLWp GH GpタQLWLRQV SRVVLEOHV GH FHWWH IURQWLqUH /キH[LVWHQFH GキXQH WHOOH IURQWLqUH HVW HQ HIIHW RIタFLHOOHPHQW QLpH WDQW SDU OD &KLQH que par Taiwan, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes tant du côté taiwanais, qui tient à son « indépendance », que du côté FKLQRLV TXL DIタUPH VD YRORQWp GH ゥ UpFXSpUHU ェ OキvOH (1). Car pour- quoi, dans de telles circonstances, nier l’existence d’une frontière ? Si Taiwan se considère comme « indépendante », c’est bien qu’elle (1) La disproportion entre l’île de Taiwan (36 000 km 2 ) et ses dépendances environnantes, faite de toutes petites îles, est telle que le rapport géographique entre un « continent » et un « archipel » est systématiquement formulé en relation entre le « continent » et « l’île » (ou entre Chine et Taiwan), et l’on oublie la dimension archipélagique, et non pas seulement insu- laire, du régime de Taipei. Cette disproportion autorise même un phénomène linguistique intéressant dans ces îles environnantes rattachées administrativement à Taiwan et à son régime, dans lesquelles les insulaires parlent fréquemment et naturellement du « continent taiwanais » (Taiwan dalu) et non de « l’île de Taiwan » (Taiwan dao).