Recherches & Educations, 5, 2011, p. 165-179 Les trois vies du Binet-Simon : Binet-Simon, Nemi, Nemi-2 Georges COGNET Psychologue clinicien, enseignant à l’Ecole des psychologues-praticiens de Paris, expert auprès des Ecpa, France gcognet@cegetel.net Est-ce sa mort prématurée à 54 ans ? Sa « désinvolture à l’égard de toutes les théories » (Huteau, 2006 : p. 26) ? Ou en- core l’aspect protéiforme de ses travaux qui brouilla la postérité qui ne retint, de toute son œuvre, que l’échelle métrique d’intelligence au point que la célébrité de celle-ci en aurait éclipsé l’auteur : « Alfred Binet a disparu dans l’ombre du Bi- net-Simon » a pu écrire René Zazzo (1993 : p. 115). Cependant, on le sait la construction de son test est le fruit de recherches exposées dans toute une série d’articles, dans des ouvrages et particulièrement dans L’étude expérimentale de l’intelligence, publiée en 1903 dont le chapitre premier intitulé L’application de la méthode expérimentale aux fonctions supé- rieures de l’esprit indique d’ores et déjà la direction que pren- dra l’échelle à venir. Il est aussi l’aboutissement de réelles expérimentations 1 , mais aussi d’observations qualitatives me- nées auprès d’un nombre restreint de sujets dont ses deux filles Madeleine et Alice : « Si j’ai pu arriver à quelque lumière par l’étude attentive de deux sujets, c’est que je les ai regardés vivre et que je les ai scrutés pendant plusieurs années » (Binet, 1903 : p. 300). 1 « Je voudrais qu’on fût persuadé que les expériences de psychologie, surtout celles qui portent sur les fonctions complexes ne s’improvisent pas. » (Binet, 1903 : p. 299)