Référence 1. GAUDIN François, 1997, “ Le contrôle du sens en terminologie : à propos d’une enquête ”, dans Le contrôle social du sens, Baggioni et Larcher (éds), Publications de l’Université de Provence, pp. 55-67. François GAUDIN Groupe de recherche en terminologie URA CNRS 1164 Université de Rouen Le contrôle du sens en terminologie : à propos d'une enquête Ce texte est dédié à la mémoire de Louis Guespin. Introduction Lors d'une enquête menée à la demande de la Délégation générale à la langue française, nous avons été conduits à mettre en évidence les conséquences linguistiques et conceptuelles résultant du "bilinguisme professionnel" de certains enseignants-chercheurs (Gaudin, à paraître). Cet état de fait n'est pas sans poser problème ainsi qu'en témoignent les dépouillements écrits et les enquêtes orales. Il existe en ce domaine des besoins sociaux, certes peu en phase avec les interventions officielles de normalisation linguistique, mais auxquels il importe de répondre. Il s'agit ici moins de contrôler socialement le sens que d'aider à une standardisation spontanée, en fait de favoriser la normaison plutôt que de recourir à la normalisation. Quelle part peut prendre la politique linguistique dans cette action ? Quel type d'information est nécessaire aux publics concernés ? Comment lutter contre la polynomisation du français scientifique ? Le contrôle social des outils de production de sens est-il possible ? 1. L'enquête De quoi s'agissait-il ? La Délégation a demandé à quelques équipes d'étudier l'impact sur les pratiques langagières des arrêtés terminologiques publiés au Journal Officiel. Parmi les différents secteurs représentés, notre Groupe de recherche en terminologie (URA CNRS 1164, Université de Rouen) a étudié l'impact de l'arrêté consacré au vocabulaire du génie génétique. La convention entre la Délégation générale et notre Groupe de recherche a été l'occasion d'un travail de terrain qui nous a permis de mettre en oeuvre certains principes méthodologiques, et de tester la validité d'un certain nombre de positions et propositions, restées largement programmatiques (cf. Gaudin et Assal, 1991), et que nous regroupons en reprenant le terme, proposé par Jean-Claude Boulanger (1981), de socioterminologie (cf. Gaudin, 1993). Pour parvenir à une étude convaincante de pratiques langagières aussi spécialisées et variées, il aurait fallu une observation de terrain de longue haleine. Ceci n'étant pas possible, nous avons choisi d'observer des discours contrastés, que ce soit à l'écrit, par la sélection des sources, ou à l'oral en choisissant d'enregistrer des discours variés et en complétant ce corpus par des enquêtes semi-directives centrées sur les pratiques de recherche et d'enseignement et non sur des discours épi- et métalinguistiques.