NOTE – BERICHT – COMMUNICATION LES CAPACITÉS COGNITIVES CHEZ LES ADULTES HÉLÈNE POISSANT L’histoire de la cognition: une histoire de controverses Parler de la cognition chez l’adulte c’est évoquer une pléiade de concepts comme ceux de la conscience, de l’esprit, de la pensée, des idées, des connaissances, de l’intelli- gence et de l’apprentissage. La cognition se trouve par le fait même au coeur de préoc- cupations à la fois philosophiques, psychologiques et éducationnelles. Elle fait aussi depuis l’antiquité l’objet de controverses, dont on retrouve les traces à travers les différents courants épistémologiques. Ces oppositions de vues trouvent un écho aujourd’hui, entre autres dans la manière dont nous concevons son développement et les moyens de stimuler sa croissance. Au gré des courants et des époques, la cognition a été marquée par des concep- tions diverses et souvent opposées. Ainsi, Platon considérait que les idées étaient reçues à la naissance, et qu’elles découlaient du travail de la raison qui elle-même émanait d’une source divine. Le philosophe se méfiait aussi de l’utilisation des sens comme véhicule de la connaissance et les considérait comme une source peu fiable d’information. Au contraire, Aristote concevait l’homme comme une tabula rasa, c’est-à-dire une tablette de cire vierge, sur laquelle les idées viennent se graver pro- gressivement à mesure que nous expérimentons le monde avec nos sens. Dans la lignée du réalisme aristotélicien, nous retrouvons les empiristes anglais, connus pour leur contribution à l’essor des méthodes scientifiques mondernes, mais aussi à cause de l’affirmation à l’effet que le fonctionnement de l’esprit dépendait pour l’essentiel du jeu des associations entre les idées. Ces mêmes empiristes auront, quelques siècles plus tard, un impact considérable sur le béhaviorisme, qui reprendra une conception à la fois associationniste et mécaniste de la connaissance. Le premier volet de l’histoire de la conception de la cognition se découpe donc assez nettement en deux courants opposés, celui davantage orienté vers les aspects innés, et celui davantage orienté vers les aspects acquis ou appris de la connaissance. Une “troisième voie”: une conception interactionniste de la conscience Une “troisième voie” qui se situe entre le déterminisme de la nature (position innéiste) et le déterminisme de l’environnement (position empiriste) s’offre à nous. Selon la perspective constructiviste, la conscience ou l’intelligence se construit à travers les interactions du sujet avec son milieu. L’individu utilise sa conscience pour agir et s’adapter à son milieu. Piaget, l’un des principaux instigateurs du mouvement con- structiviste, décrit l’adaptation comme le résultat du jeu constant entre deux “forces” cognitives opposées, soit: l’assimilation et l’accommodation. La première force concerne la tendance de l’intelligence humaine à assimiler ou à faire siennes les informations provenant de l’environnement physique ou social, de façon à les faire correspondre à des structures de connaissances ou à des schèmes préexistants. La seconde force concerne la tendance à accommoder ou à modifier ces structures ou International Review of Education – Internationale Zeitschrift für Erziehungswissenschaft – Revue Internationale de l’Education 44(4): 393–399, 1998.