Évolution des pratiques contraceptives en France, impact social et démographique Trends in contraceptive practices in France: population effect and social impact Caroline Moreau 1,2,3 Alfred Spira 1,2,3 Nathalie Bajos 1,2,3 1 Institut national de la santé et de la recherche médicale, U822 « épidémiologie, démographie et sciences sociales », 82, rue du Général-Leclerc, 94276 Le Kremlin-Bicêtre, France 2 Institut national détudes démographiques, 133, Boulevard Davout, 75020 Paris, France 3 Faculté de médecine, université Paris-Sud, 94276 Le Kremlin-Bicêtre, France <caroline.moreau@inserm.fr> <alfred.spira@inserm.fr> <nathalie.bajos@inserm.fr> Résumé. La médicalisation de la contraception, amorcée depuis les années 1960, représente une étape importante de la modernisation de notre société, offrant aux femmes la possibilité de maîtriser, elles-mêmes, leur propre fécondité. La diffusion des méthodes médicales, qui représentent aujourdhui 84 % de la couverture contraceptive, a contribué à réduire la proportion des grossesses qualifiées de non prévues. La généralisation de la contraception médicale saccompagne également de nouvelles normes, et en particulier celle dune plani- fication croissante des naissances. Le choix des méthodes contraceptives dépend essentielle- ment du cycle de vie, marquant un resserrement des pratiques autour dune norme contra- ceptive aujourdhui plus prégnante. Celle-ci ne se concrétise pourtant pas forcément par une efficacité pratique optimale, une grossesse sur trois étant qualifiée de non prévue en 2000. Ces échecs révèlent les difficultés de la gestion contraceptive au quotidien, qui sont également mises à jour à travers la fréquence des arrêts ou changements contraceptifs ainsi que les écarts dobservance, responsables dune perte defficacité contraceptive. Mots clés : contraception, échecs de contraception, norme procréative Abstract. The medicalization of contraception, started in the 1960s, represents a milestone in the modernization of our society, enabling women to control their own fertility. The diffusion of medical methods of contraception, used by 84% of all contraceptive users, has contribu- ted to the reduction of the proportion of pregnancies qualified as unintended. The generaliza- tion of medical contraception has also brought new norms, in particular the pressing need to plan the birth calendar. Contraceptive choices essentially depend on the life cycle, which reflects a narrowing of practices around a contraceptive norm more prevailing today. This contraceptive norm however, does not translate in optimal typical use efficacy, such as one in three pregnancy is reported to be unintended in 2000. Theses contraceptive failures reflect the difficulties women experience in their daily management of contraception. These difficul- ties are also highlighted by high contraceptive discontinuation rates or changes in contracep- tive practices as well as non-adherence to the contraceptive regimens, resulting in lower contraceptive efficacy. Key words: contraception, contraceptive failures, procreative norm L a volonté déviter les naissances non désirées semble avoir existé de tout temps, et dans toutes les popu- lations humaines ou presque [1]. Mais, les pratiques contraceptives sappuyaient jusquà récemment sur des connaissances erronées en matière de physiologie et nétaient donc pas très efficaces ; il en était de même sagissant des pratiques utili- sées pour mettre un terme à une gros- sesse débutée. La limitation des nais- sances a progressé parallèlement à celle des techniques. À partir du milieu du XIX e siècle (et même dès le milieu du XVII e dans la noblesse fran- çaise), la limitation des naissances apparaît notable en France, un siècle avant les autres pays européens [1]. Au début du XX e siècle la fécondité nexcède guère deux enfants par femmes, soit le niveau enregistré aujourdhui. Cest au milieu du XX e siècle, avec la légalisation de la contraception et de lavortement et laccès aux métho- des hormonales de contraception, quun changement fondamental sur- doi: 10.1684/mte.2009.0263 mt Médecine de la Reproduction, Gynécologie Endocrinologie 2009 ; 11 (5-6) : 338-44 médecine thérapeutique Médecine de la Reproduction Gynécologie Endocrinologie Tirés à part : C. Moreau mt Médecine de la Reproduction, Gynécologie Endocrinologie, vol. 11, n° 5-6, septembre-décembre 2009 Mini-revue 338 Copyright © 2016 John Libbey Eurotext. Téléchargé par un utilisateur anonyme le 22/12/2016.