1 Limmigration dans les manuels scolaires Version corrigée et mise à jour le 9/01/2017 Wiktor Stoczkowski (EHESS) & Anastasia Krutikova (EHESS) « O miseri, quæ tanta insania, cives ? » Virgile, LÉnéide, II, 42 Il est en France peu de sujets aussi controversés que celui de limmigration. Quiconque saventure à laborder se voit aussitôt reprocher de verser dans les mièvreries du politiquement correct ou, à linverse, dans lapologie de lintolérance et du repli sur soi. Non sans raison, tant les opinions habituelles ont tendance à se regrouper autour de deux thèses extrêmes, dont la première tient limmigration pour un phénomène constant, normal, inscrit dans la nature éternelle des choses, alors que la seconde la dépeint comme un fait accidentel, inquiétant, pathologique, lourd de périls difficiles à anticiper. Les arguments évoqués à l appui de lune et de lautre thèse sont tout aussi sommaires, mêlant des constats factuels, empruntés à la sociologie, la démographie, lanthropologie ou lhistoire, avec des jugements de valeur placés au-delà de toute discussion rationnelle et que chacun adopte par un acte de foi, à la faveur de ses adhésions politiques, morales, religieuses ou idéologiques. On sait de longue date le caractère stéréotypé des discours tenus sur limmigration dans lespace politique et médiatique en France ; on sait moins ce quen pensent les Français ordinaires. Des sondages existent, certes, mais ils se contentent dapporter des réponses trop brèves à des questions trop rudimentaires et, souvent, mal posées. Toute échéance électorale fournit loccasion dinterroger lincidence de la question de limmigration sur les résultats de votes, sans que lon parvienne à décider si les réponses formulées à titre dhypothèses sont fondées ou non. À défaut de pouvoir deviner ce que les Français pensent de limmigration, il est possible de déterminer ce que lécole de la République les exhorte à en penser, par le truchement de léclairage que les manuels scolaires d’histoire-géographie donnent de ce sujet. Afin de reconstituer la conception de limmigration proposée aux enfants scolarisés en France (sauf,