Donner sens avec des mères sans papiers à leurs savoirs profanes Tine Brouckaert*, Chia Longman et Marc Derycke. *Doctorante à l’université de Saint-Etienne, France. Université Jean Monnet, Saint-Etienne Département des Sciences de l’Education 33, rue du Onze Novembre F 42023 Saint-Etienne cédex 2 Université de Lyon - 42023 université de Saint Etienne MO.DY.S 5264 CNRS Attachée par cotutelle à l’université de Gand, Belgique. CiCi (Centre d’interaction et Communication Interculturelle) http://cici.ugent.be/en/researchers/tine Mots-clés : mothering, sans papiers, citoyenneté, éducation, méthodologie ethnographique. Résumé. Cet article s’intéresse à l’expérience éducative des mères sans papiers en France et en Belgique. Celles -ci se trouvent contraintes à négocier et composer constamment avec leur environnement. Ainsi, j’essaie de mettre en lumière leur position vis-à-vis de la société dominante et vis-à-vis les personnes avec qui elles sont confrontées quant à l’éducation de leurs enfants. Comment essaient-elles de stabiliser cette position dans le but de préparer leurs enfants, au mieux, comme de futurs citoyens insérés dans nos sociétés postmoderne, ceci particulièrement avec les idéologies dominante de l’éducation et du mothering qu’ont les cadres et les professionnels de l’école et des crèches, et dans leur relation avec la chercheure. Dans un dernier point j’aborde la problématisation méthodologique d’une approche ethnographique afin de donner sens ensemble au sein des relations asymétrique de pouvoir entre chercheure et enquêtées. 1. Problématique générale Cette contribution porte l’éducation que donnent des mères sans papiers à leurs enfants à propos de deux « points aveugles ». Un premier est conceptuel : leur statut est construit idéologiquement selon une opposition qui les stigmatise, opposition « privative » (Derycke, 2010) qui ne relève que leurs « manques » et en conséquence les désigne comme étant en défaut : défaut du « droit à être là » qui les prive finalement de tous les autres droits. Leur position a des répercussions sur la relation qu’elles maintiennent avec leur entourage. Elles se retrouvent suite à cette position dans un espace de négociation et de composition constante. On considèrera ensuite un deuxième point aveugle, la relation de la mère sans papier avec l’entourage scolaire, avec la société et finalement avec la chercheure. Depuis cet position elles négocient une place pour elles mêmes et leurs enfants qui produit un effet au plan des savoirs profanes. Un troisième point aveugle découle du premier et pose la question de l’approche méthodologique de ces publics. Il s’agit d’abord de repérer les décalages et de proposer une méthodologie pour les prendre en compte. 2. Conceptuellement. 2.1 Les politiques de location Notre étude porte sur le mothering que déploient ces mères, ceci dans le contexte de la Belgique et de la France. Il est pour cela nécessaire de prendre en compte la construction idéologique de leur statut de mères « sans » au travers des ‘politiques de location’, c’est-à-dire de leur mise en place dans la société et de la manière dont elles sont vues, ceci à l’aide d’un analyse intersectionelle. La théorie intersectionnelle a été développée initialement par les féministes noires dans les années quatre-vingts (Crenshaw, Collins) confrontées à la nécessité d’une pratique et d’une analyse intégrée partant du fait que les systèmes majeurs d’oppression se croisent (Yuval -Davis). La méthode analytique « intersectionelle » a été considérée comme l’approche la plus importante que la théorie féministe a