Revue Études internationales, volume XLVII, n o 1, mars 2016 Quand les organisations internationales se mettent au vert Acteurs, instruments et effets de l’appropriation de la question environnementale Lucile Maertens et Marieke Louis * Au lendemain de la COP21, la 21 e Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (ccnucc), est-il encore aujourd’hui une organisation – locale, nationale ou internationale – ou un champ de l’action publique qui ne soit pas soumis à une forme d’« impératif écologique » (Bourg 2009) ? C’est, brièvement résumé, l’angle choisi par ce numéro spécial qui interroge les modalités de la rencontre entre la « question environnementale » et des organisations internationales a priori très éloignées de ces préoccupations : l’Union Internationale de Secours fondée sous les auspices de la Société des Nations (sdn) et ses homologues dans le cadre de l’onu, l’Organisation Inter- nationale du Travail (oit), le Département des Opérations de Maintien de la Paix de l’onu (doMp) et le Département de l’Appui aux Missions (daM), et l’Orga- nisation de Coopération et de Développement Économiques (ocde). Mais que recouvre l’environnement dans les organisations internationales (oi) – déinies au sens large comme des conigurations d’acteurs multiples (Devin et Smouts 2011 : 15-16) – et en quoi remet-il en cause, voire nécessite, une adaptation des actions de ces dernières ? Les travaux sur les oi se sont multipliés ces cinquante dernières années, d’abord sous l’impulsion du courant néo-fonctionnaliste (Haas 1964), l’institu- tionnaliste libéral (Keohane et Nye 1989), de l’économie politique internationale (Cox 1992 ; Strange 1996 ; Graz 2006), et puis de l’essor du courant constructiviste (Barnett et Finnemore 2004) ; cela permit l’éclosion, notamment en Europe, d’une sociologie des oi diversiiée (Reinalda et Verbeek 1998 ; Devin et Smouts 2011 ; Nay et Petiteville 2011 ; Critique internationale 2011a, 2011b, 2012). * Lucile Maertens est postdoctorante et chercheuse invitée à King’s College à Londres (avril- décembre 2016), ainsi que docteure associée au ceri/Sciences Po. Elle est inancée par le Fonds national suisse. Marieke Louis est maîtresse de conférences en science politique à l’iep de Grenoble/pacte, ainsi que chercheuse associée au Centre de recherches internationales (ceri/Sciences Po). Les auteures tiennent à remercier l’ensemble des participant-e-s de la journée d’étude sur les organisations internationales et l’environnement, tenue à Paris en juin 2015, et notamment Amandine Orsini et Sandrine Revet pour leurs précieux commentaires.