Un métier qui consiste à dire ce qui ne va pas… Interview de René Vautier, effectuée à Cancale le 15 janvier 2011, pour la revue Tête à tête, numéro 1, printemps 2011 Jean-François Robic et Vincent Lowy (TàT) : René Vautier, commençons par le commencement : la France est occupée, vous êtes un petit Breton de 13 ans, qu’est-ce qui fait que vous entrez en Résistance, à peine sorti de l’enfance, tous les gamins de France ne l’ont pas fait… R.V. : Dès le départ, j’avais un frère qui avait quatre ans de plus que moi, c’est à dire qui avait 16 ans en 1940. Il faisait tout ce qu’il pouvait pour partir en Angleterre. Et moi j’essayais de l’aider, il n’a pas réussi, d’ailleurs. Alors il y avait un axe qui était déjà défini, en quelque sorte. Je n’étais pas membre des FTP, j’étais membre des FFI, car au départ, il ne s’agissait que d’un petit groupe de louveteaux devenus Eclaireurs, nous passions notre temps à opérer des relevés des angles de tirs des casemates allemandes, parce qu’on nous avait dit que près des zones côtières, des parachutistes alliés avaient été envoyés pour effectuer ces relevés mais avaient été mitraillés par les Allemands avant même d’avoir pu toucher le sol... c’était en vue de préparer le débarquement… Si nous pouvions transmettre les angles morts de ces casemates, qui étaient en construction ou même parfois déjà construites, des bateaux pouvaient s’approcher. Donc, le fait est qu’on est né à la Résistance au sein de ce petit groupe des Éclaireurs de France, notre responsable était Albert Philipot, qui est devenu plus tard colonel dans les FFI, c’était aussi un ami de ma mère, qui était prof tout comme lui. Et face à nous, il y avait des gens au service des Allemands ou en contact avec les Allemands qui militaient au nom de la Bretagne et on s’est trouvé en lutte avec eux. Nous étions très attachés au fait d’être des Éclaireurs en Bretagne. Éclaireurs de France en Bretagne. Et la pente naturelle, comme nous a dit de Gaulle un jour, la pente naturelle nous a amenés à la lutte armée – y compris contre des groupes qui se prétendaient nationalistes bretons… On ne les connaissait pas beaucoup pour leurs activités bretonnes, en réalité. Mais on savait que certains d’entre eux apportaient leur appui à l’occupant allemand, ils venaient du PNB. TàT : Et ils venaient du PNB 1 ? R.V. : Ah je ne sais pas du tout d’où ils venaient, ils s’affirmaient aux côtés des Allemands… Moi, de mon côté, j’étais en effet tout jeune, j’écrivais des poésies. Je faisais des petits poèmes au maquis. Il y avait notamment un poème qui a été beaucoup utilisé, c’était justement pour que les gars continuent à lutter contre les choses qui ne nous plaisaient pas. C’était : « Frère du mort, chemise ouverte Frère du mort, mort en chantant Frère du mort, à mouche verte Qui se glisse entre les dents Frère du mort, à tombe ouverte 1 Parti national breton, fondé en 1931, actif jusqu’en 1944. S’inspirant de la révolution irlandaise, ultra nationaliste, il adhère durant la guerre, malgré des divergences internes, aux idées du nazisme, notamment l’antisémitisme.