Peintres de Beddawi Entre création artistique et engagement politique 1 Les peintres du camp palestinien de Beddawi, situé au Nord-Liban près de Tripoli, sont partagés entre leur désir de soutenir la cause palestinienne et leur volonté de se définir en tant qu’artistes. Dans le contexte difficile de Beddawi, est-il possible de produire un art qui ne soit pas engagé ? Comment peut-on interpréter le sentiment de responsabilité que les artistes nourrissent par rapport à leur cause ? Quelles sont les limites que la cause nationale palestinienne impose aux motivations et aux formes d’expression personnelle ? Si l’art manifeste la liberté de création individuelle, cette dernière est aussi intimement liée au milieu socio-culturel. Ainsi, ces limites dérivent, dans une certaine mesure, de l’omniprésence de la cause nationale dans le camp de réfugiés. Il en résulte la naissance d’un art borné par les questions nationales. Alors que cet art n’est pas le résultat d’une volonté explicite de faire de la propagande, il finit par être extrêmement militant. 1. Le présent article se base sur une enquête ethnographique effectuée au Liban pendant la période du 4 avril au 2 mai 2004. Il s’agit du travail de terrain réalisé dans le cadre d’un DEA de sociologie de l’EHESS. Le mémoire de DEA, intitulé : « Peintres de Beddawi. Création artistique et imaginaire politique dans un camp de réfugiés palestiniens au Liban », est disponible en ligne sur http://terra.rezo.net/rubrique59.html. Je traiterai ici d’un présent ethnographique qui s’est terminé avec la clôture formelle du travail de terrain en mai 2004. Plusieurs changements ont été remarqués sur le terrain, mais je n’ai pas eu l’opportunité de réaliser de nouveaux entretiens qui me permettraient d’évaluer la vision des artistes dans le nouveau scénario qui se configure. L’enquête a été menée dans le camp de réfugiés palestiniens de Beddawi, situé à 5 km de Tripoli, au nord du pays. Au moment de l’enquête de terrain, le camp comptait huit artistes plasticiens : Burhân Husayn Sulaymân, Husan Ahmad Muhammad, Imân ‘Ayyâsh, Muhammad Sulaymân, Nizâr Abû Âyid, Samîr Abû Shâ‘ir, Yûsuf Shams et Anwar. L’intégration à la communauté d’un camp de réfugiés palestiniens et à la communauté d’artistes de Beddawi est passée largement par mon séjour avec une famille du camp. Grâce à l’intervention de Nizâr, un des peintres de Beddawi qui, dans les faits, est devenu mon guide sur le terrain, j’ai réussi à mener des entretiens approfondis avec chacun des artistes, à l’exception d’Anwar. Amanda Dias