Ce tout premier essai d’évaluation des fouilles de très grandes surfaces constitue à nos yeux une urgente priorité pour notre discipline. Le nouveau cadre législatif et, surtout, les décrets et circulaires d’application associés tendent en effet à stopper les remarquables progrès accomplis ces dernières années dans la connaissance de notre passé,grâce au développement spectaculaire de l’archéologie préventive. Le bilan, dont nous tentons ici la syn- thèse, se fonde sur les discussions que nous avons animées à Châlons-en-Champagne en juin 2005 et sur les articles qui précèdent. Nous en repre- nons les traits les plus saillants en respectant le plan suivi au cours de notre table ronde. Les conclusions n’engagent cependant, bien sûr, que les signataires de cette synthèse. Nous passons d’abord en revue le déroulement de la table ronde,en rappelant son contenu précis. Nous envisageons ensuite les principales leçons tirées pour les quatre étapes majeures des opéra- tions archéologiques conduites jusqu’à leur terme : a) les procédures qui précèdent le dia- gnostic, b) le diagnostic lui-même et l’instruction des dossiers, c) la fouille proprement dite, d) les activités qui suivent le travail de terrain. Nous nous attachons enfin à mettre en lumière les acquis scientifiques de ces opérations à trois niveaux : celui du site (établissement ou lieu funé- raire) dans son intégralité,celui du réseau local de sites synchrones, celui de la dynamique évolutive de ces réseaux locaux. Nous résumons, en conclu- sion,les acquis majeurs de ce type d’opération. Le déroulement de la table ronde La première journée de notre débat avait pour objectif de présenter plusieurs études de cas, per- mettant de tenter, le lendemain, un bilan des fouilles sur de grandes surfaces. La table ronde a été introduite par Jan Vanmoerkerke (MCC) qui, tout en expliquant les motivations de ces deux journées d’étude, a souligné l’importance des notions de population et de représentativité sta- tistique des résultats. La communication suivante, de Patrice Brun (CNRS), se plaçait aussi dans cette phase introductive ; elle visait à présenter les outils d’analyse spatiale dont nous disposons et les problèmes d’échelles spatiales et temporelles inhérents à ce type d’approche sur de grands espaces et dans la longue durée. Le reste de la journée a été consacré aux études de cas,fouilles préventives sur des espaces industriels et/ou commerciaux de plusieurs dizaines d’hectares ou ensembles de sondages et de fouilles sur de grandes unités paysagères : fouilles conduites sur l’agglomération antique de Jouars-Pontchartrain (Île-de-France), par Olivier Blin (INRAP); diagnostics et fouilles sur la ZAC de la vallée de l’Escaut à Onnaing (Nord - Pas-de-Calais) sur 350 ha, par Raphaël Clotuche (INRAP); fouilles de l’Europort de Vatry (Champagne- Ardenne) sur 470 ha, par Nathalie Achard- Corompt (INRAP) et Vincent Riquier (INRAP); fouilles de la plate-forme multimodale Delta 3 de Dourges (Nord - Pas-de-Calais) sur 140 ha, par Gertrude Blanquaert (INRAP); fouilles sur la ZAC Actiparc à Arras (Nord - Pas- de-Calais) sur près de 300 ha, par Alain Jacques (Collectivités territoriales) et Gilles Prilaux (INRAP); diagnostics et fouilles dans le Montpellierais et la vallée du Lez (Languedoc-Roussillon), par Alain Chartrain (MCC); fouilles de la ZAC du Long-Buisson près d’Évreux (Haute-Normandie) sur près de 160 ha, par Cyril Marcigny (INRAP); diagnostics et fouilles autour de Caen (Basse- Normandie) sur un peu moins de 500 ha, par Jean Desloges (MCC, avec la collaboration de Michel Besnard et Cyril Marcigny, INRAP); diagnostics et fouilles en Lorraine par Vincent Blouet (MCC). La deuxième journée a été introduite par le directeur général des affaires culturelles de Champagne-Ardenne, Georges Poull, empêché la veille. Il a tenu à souligner l’intérêt qu’il portait à nos débats et a insisté pour qu’ils soient publiés. Cette journée comportait deux volets. Le premier concernait le dégagement des schémas émer- gents dans l’occupation de l’espace à la lumière des fouilles de grandes surfaces. À cette occasion, cinq communications ont permis de suivre, du Néolithique aux époques historiques, quelques tentatives de modélisation à partir des données issues de l’archéologie préventive. Cyril Marcigny (INRAP) et Emmanuel Ghesquière (INRAP) ont ainsi présenté les premières occupations du Néolithique ancien sur les plateaux normands (fouilles en carrière ou sur des ZAC) en mettant en évidence des choix d’occupation du sol à cette époque – recherche de dolines ou de paléovallons comblés – différents des occupations de vallée attestées jusqu’à présent. Pour les âges des métaux, Patrice Brun (CNRS) et Jan Vanmoerkerke (MCC) ont fait un point sur les différents schémas d’occupation de l’espace durant la protohistoire. La fin de l’Âge du Fer a été illustrée par une com- munication de Gérard Chouquer (CNRS) sur les par- cellaires et l’habitat. Jean-Marie Blaising (INRAP) a proposé ensuite une approche modélisatrice des occupations médiévales et post-médiévales de Lorraine. Enfin, Christophe Laurelut (INRAP) a pré- senté une partie des résultats de l’ACR « Plaine crayeuse champenoise » en soumettant à l’audi- toire un exemple d’intégration des données quan- tifiées issues des fouilles de grande surface dans un programme de synthèse historique. Le reste de la journée a été consacré à un bilan collectif repre- nant, point par point, les thèmes développés durant la table ronde (procédures, échantillonna- ge, représentativités, etc.). Les méthodes d’intervention Lors des discussions et dans les articles qui pré- cèdent, les problèmes cruciaux de méthodologie des interventions ont été amplement débattus. Nous en restituons et discutons les points majeurs Dossier 88 Les nouvelles de l’archéologie n° 104-105 • 2 e et 3 e trimestres 2006 Essai d’évaluation des opérations de grande surface Patrice Brun, Cyril Marcigny et Jan Vanmoerkerke